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Dictons boursiers riches d'enseignements

Dans l’actuel climat de défiance, l’investisseur cherche à se forger des certitudes en se raccrochant à tout élément concret ou non qui lui permettrait de mieux sélectionner ses investissements. En plus des théories financières plus ou moins élaborées et des stratégies de placements distillées par les experts, les nombreux dictons boursiers dont se gorgent certains investisseurs peuvent aider à encadrer une réflexion. Patinés par le temps, certains sont devenus des classiques et peuvent se révéler riches d’enseignements, bien qu’ils ne soient pas à prendre au pied de la lettre. Nous en passons trois en revue.

Acheter la rumeur et vendre la nouvelle

Investir en Bourse revient à essayer de se forger une opinion sur l’avenir (comme les cartomanciennes diront les mauvaises langues): l’entreprise sera-t-elle capable de maintenir le même rythme de croissance bénéficiaire que les années passées ? Ne va-t-elle pas faire l’objet d’une offre de rachat ? Sa nouvelle technologie est-elle capable de distancier la concurrence ? Face ces questions de première importance, les investisseurs se perdent souvent en conjecture : c’est le règne de la rumeur. On ne sait pas d’où elle vient, mais elle reste suffisamment crédible que pour que la Bourse s’y intéresse. Elle entraîne une hausse (si on estime que l’impact sera positif sur les bénéfices) ou une baisse du cours (si on croît au contraire que l’entreprise sortira affaiblie) qui peut durer de quelques minutes à quelques semaines, quel que soit le niveau de valorisation du cours. Souvent un coup de téléphone à la direction de l’entreprise ou un communiqué officiel suffit à lui couper les ailes (si le démenti est suffisamment crédible) … ou à la confirmer. Dans les deux cas, le cours ayant déjà incorporé ce qui est maintenant une nouvelle officielle, il se replie. On dit alors que les investisseurs ont « vendu la nouvelle ». A plus long terme cependant, dans l’hypothèse d’une bonne nouvelle, le cours pourra encore progresser au fur et à mesure que les marchés réévalueront le potentiel de l’entreprise à l’aune des nouvelles informations.

Récemment, la rumeur du décès de Giovanni Agnelli, le président de Fiat, dont la position contre la vente des activités automobiles (point noir du groupe) est bien connue, a entraîné une vive hausse du cours car sa disparition aurait pu débloquer la situation. Depuis, M. Agnelli a publié un démenti tout en confirmant cependant être malade et devoir subir un traitement aux Etats-Unis. Le cours de Fiat s’est replié un peu mais les analystes gardent l’œil ouvert.

Baser une stratégie de placements exclusivement sur des rumeurs reste difficile pour l’investisseur individuel. En dehors du circuit qui comprend des analystes financiers, les salles de marché et certains journalistes économiques bien introduits, les rumeurs qui parviennent aux oreilles des particuliers par l’intermédiaire de la presse (qui consacre parfois des rubriques à ce sujet) sont déjà en bonne partie intégrées dans le cours du titre. Si malgré tout vous souhaitez spéculer (car il ne s’agit pas ici d’investissement) sur les rumeurs, visitez d’abord le site www.hoaxbuster.com (tueur de canulars) qui tente de tordre le cou aux on-dit qui trouvent sur Internet et les forums de discussions (dont nous vous invitons à vous méfier) un terrain propice.

Acheter au son du canon et vendre au son du violon

Si nous ne conseillons pas d’investir sur la base de rumeurs, il ne faut pas pour autant attendre les annonces des entreprises pour se positionner. Le mot d’ordre d’un « bon » investissement est d’acheter au plus bas (au son du canon : quand tout va mal et que l’action est bon marché) et de vendre au plus haut (au son du violon : Quand tout va bien et que l’action est chère, car la Bourse anticipe d’avantage les nouvelles à venir qu’elle ne réagit aux nouvelles actuelles. Plus facile à dire qu’à faire pensez-vous. Indéniablement. Mais en se pliant à cette discipline, un individu se mettra à l’abri du danger que constitue la tentation d’acheter une action au plus haut (lors de l’annonce d’une bonne nouvelle) et de la vendre au plus bas (lorsque les mauvaises nouvelles seront déjà intégrées dans le cours).

Prenons un exemple : dans le cycle boursier de l’acier, la Bourse a toujours anticipé les retournements du cycle sidérurgique. Comment ? : une première phase de hausse à lieu alors que tous les indicateurs économiques sont négatifs et que le pessimisme prévaut sur le front économique. Les investisseurs profitent de cours bon marché pour se porter à l’achat. Une deuxième phase s’enclenche quand les premiers signes de la reprise se font sentir. Enfin, quand la croissance est bien installée et que l’optimisme a fait son retour dans les rangs des observateurs, les investisseurs se débarrassent des actions sidérurgiques en anticipant une détérioration prochaine (10 à 12 mois) de l’environnement économique et des résultats, d’autant que les actions sont chères au sommet du cycle.

Cette stratégie porte aussi le nom anglais de « contrarian investment strategy » (stratégie d’investissement contraire). Elle se base sur l ‘hypothèse de la sur-réaction du marché à une annonce (généralement) négative de la part d’une entreprise qui mettrait son action KO. Pourquoi ? Tout d’abord parce que l’investisseur ne sélectionne que quelques informations, ce qui le prive d’une vision complète d’un problème. Ensuite parce qu’il ne prend pas assez de recul par rapport à un évènement. Au contraire. L’analyse d’une situation donnée se fait souvent à l’aune de la tendance du marché qui prévaut au moment de l’analyse. Ainsi, dans un marché déprimé, des résultats négatifs pourraient être plus fortement sanctionnés que dans un marché mieux orienté.

Cette stratégie du pessimisme maximum a trouvé une récente illustration lors de la tragédie du 11 septembre. A la clôture de la séance boursière du 11/09, l’indice européen Stoxx 50 était à 3178 points. Les séances boursières suivantes ont vu l’indice glisser pour atteindre 2915 points le 21 septembre (le plus bas de l’année) sur des craintes maximales de nouveaux attentats et de récession économique grave. C’est à ce niveau que des investisseurs, jugeant que les mauvaises nouvelles étaient dors et déjà intégrées dans les cours, sont entrés dans le marché pour profiter des niveaux qu’ils jugeaient déprimés. Au 31 décembre, l’indice avait regagné 27%.

Il n’est bien sur pas conseillé de se précipiter sur la moindre action en chute, d’autant que la forte baisse d’un titre se signifie pas forcément qu’il est devenu bon marché. Même si les investisseurs sur-réagissent, la chute peut se justifier par une dégradation importante des fondamentaux (perte d’un brevet, problèmes judiciaires, hausse de l’endettement…). Si une analyse confirme ce fait, il vaut mieux attendre l’annonce des mesures de restructuration que se doit d’annoncer la direction dans de telles circonstances. Ou bien les anticiper si la direction est connue pour sa capacité à réagir fort. Quoi qu’il en soit, gardons en mémoire le sage adage que l’on prête à James de Rothschild « j’ai fait fortune en vendant toujours un peu trop tôt ».

Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel

Depuis la chute des cours des actions technologiques, toute la communauté des investisseurs semble avoir redécouvert ce dicton. Essayons de creuser le mécanisme économique qui se cache derrière.

De nombreux investisseurs cherchent l’Entreprise qui dominera pendant longtemps son marché, qui maintiendra ses concurrents à distance et qui verra ses bénéfices croître à un rythme régulier. Dans la réalité, il est difficile (certains disent impossible) de trouver ce type d’entreprise dont le mode de gestion ferait référence. Pendant longtemps, l’américain General Electric et son légendaire ex-patron, Jack Welsh, ont pu prétendre à cet honneur. Mais depuis quelques mois, les questions sur la capacité de son successeur à poursuivre sur la même route mettent le cours sous pression.

Quels sont ces principes capables de faire trembler sur leurs bases les plus grandes entreprises en pleine gloire? Citons-en deux :

· Une des grandes lois régissant la vie des entreprises veut que la réussite financière stimule la concurrence, accentuant de la sorte le risque de voir la rentabilité s’éroder si aucune mesure de redressement n’est prise. Ainsi, le secteur des automobiles haut de gamme était jusqu’il y a quelques années dominé par quelques marques bien établies (BMW et Mercedes) qui ne se faisaient pas une trop grande concurrence. Depuis sept à huit ans, le progrès enregistré dans l’assemblage de voitures a entraîné une concurrence beaucoup plus féroce de la part de Renault, Peugeot-Citroën et Volkswagen, obligeant les « piliers » du secteur à réagir. Il y a quelques années, la pression concurrentielle avait amené BMW à acquérir l’anglais Rover. Bien mal lui en a pris : il a du s’en séparer peut de temps après sous le poids des pertes.

· Des changements technologiques peuvent aussi faire mettre pied à terre à des colosses. Jusque dans les années ’80, IBM dominait l’informatique de la tête aux pieds grâce à ses systèmes de réseaux à destination des entreprises. Aveuglé par cette domination, le groupe n’a pas vu la montée de l’informatique personnelle incarnée par Intel et Microsoft. Ses résultats ont alors reculé jusqu’au moment où le développement d’Internet et des activités en réseaux, combiné à des baisses importantes de coûts, l’ont remis spectaculairement en selle. Cet exemple illustre la difficulté pour une entreprise bien établie sur son secteur de retrouver l’esprit de pionner qui avait présidé à son succès, d’autant que l’implémentation de mesures parfois radicales pour garder son avance sur les nouveaux venus devient vite complexe.

Conclusions

Les adages boursiers ont pour eux l’avantage de résumer dans une formule choc des stratégies d’investissement parfois complexes. Ils ne doivent pas pour autant être pris au pied de la lettre : rien ne remplace la réflexion. Concluons par une dernière maxime attribuée au célèbre investisseur Peter Lynch, à méditer pendant la pause estivale : Qu'un cours monte ne signifie pas que vous ayez raison. Qu’un cours baisse ne signifie pas que vous ayez tort.


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