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Les dividendes : des indicateurs précieux

Après la reprise du mois d’août, les Bourses ont de nouveau été orientées à la baisse alors que les nuages noirs continuent d’obscurcir le ciel économique (économie atone, endettement important dans certains secteurs…). Pourtant, dans ce climat difficile, de nombreuses entreprises ont maintenu leur plan de distribution de dividendes voire l’ont augmenté. Sont-elles devenues aveugles ou tentent-elles de nous faire passer un message ? Décryptons la place du dividende dans la stratégie de l’entreprise et la manière dont l’investisseur doit le comprendre.

Retour en force des dividendes ?

Pour rappel, le dividende payé par une entreprise est la partie des bénéfices après impôts réalisée par celle-ci et distribuée aux actionnaires. Cette partie des bénéfices est exprimée par le pay out (pourcentage des profits distribués). En cas de pertes ou de bénéfices insuffisants, les dividendes peuvent être puisés dans les réserves. Bien que les dividendes participent à la rémunération des actionnaires, ils ne sont ni connus à l’avance ni garantis, ce qui les différencient des intérêts payés par les obligations. Ils sont déterminés sur base des profits présents et à venir, selon la disponibilité des fonds dont dispose l’entreprise distributrice.

Alors que les marchés boursiers traversent une crise, le dividende fait un retour en force après avoir été presque abandonné dans la seconde moitié des années ’90. Emportés par les scandales financiers impliquant de grands groupes pourtant jugés irréprochables il y a encore quelques mois, les investisseurs sont à la recherche de plus de stabilité et de sécurité dans leurs investissements, d’autant qu’ils ne se satisfont plus de belles promesses de plus-values rapides. A intervalle régulier, le dividende tombe dans leur poche. Par ailleurs, ils voient dans le paiement de dividendes un signe que les profits sont bien réels et non le résultat de « simples » manipulations comptables. La politique de distribution des bénéfices jette un éclairage direct sur la qualité de la direction, notamment si elle est maintenue malgré un environnement économique peu porteur. Attention toutefois si le dividende est d’un très haut niveau : il y a peut être anguille sous roche. En cas de difficultés au sein de l’entreprise, son maintien peut se révéler difficile, créant ainsi une menace supplémentaire sur le cours. 

Evolution du dividende

Le niveau du dividende est certes important pour les investisseurs par le rendement qu’il rapporte (dividend yield : rapport dividende/cours), mais son évolution est plus déterminante à long terme. Examinons deux cas de figure:

1er cas : augmentation du dividende

Selon la théorie de la signalisation, le management, réputé mieux connaître l’évolution de ses affaires que l’observateur extérieur (asymétrie d’informations), transmet des informations aux marchés via la politique de distribution. Ainsi, une augmentation du dividende indiquerait que le management a confiance dans sa capacité à faire croître les bénéfices à moyen et long terme, même si d’une année sur l’autre les bénéfices reculent. Ainsi, en mars 2002, l’assureur français AXA, tout en annonçant des résultats 2001 en chute de 80% par rapport à 2000, relevait le dividende de 0,55 à 0,56 EUR. Cette marque de confiance dans la capacité de redressement d’Axa a valu au cours de progresser de 4,08% sur la séance.

Des chercheurs américains semblent avoir une autre opinion. Selon eux, la hausse du dividende ne signifierait pas une amélioration attendue des résultats mais qu’au contraire, l’entreprise entrerait dans une période de maturité caractérisée par la raréfaction des projets d’investissements. Les liquidités qui ne sont pas investies peuvent alors être retournées aux actionnaires sous forme de dividendes. Certes, si l’on en croît cette récente théorie, les perspectives de croissance seraient moins fortes, mais elle implique aussi que les risques associés à l’entreprise deviennent un peu moins élevés, ce qui entraînerait une baisse du taux d’actualisation des profits futurs (méthode permettant de valoriser une action) et donc une hausse du cours.

En tout état de cause, la distribution de dividendes reste selon nous une meilleure alternative aux projets dilapidant les liquidités de l’entreprise. A la lumière des derniers événements boursiers, mieux vaut distribuer le trop de liquidités que de l’investir dans des projets pharaoniques qui détruiront de la richesse actionnariale ou d’acheter à la direction un avion ou encore de lui accorder d’importants prêts à des conditions particulièrement avantageuses. Quand une entreprise peut réinvestir ses capitaux à un taux de rendement supérieur à celui du marché des actions, il vaut mieux qu’elle ne distribue pas de dividende. Par contre, lorsqu’elle n’a pas de meilleur choix à sa disposition (expansion, rachat d’un concurrent, placements financiers…), le paiement d’un dividende trouve toute sa justification.

Un plan de rachat d’actions pourrait être une alternative, mais l’ambiance qui règne actuellement en Bourse ne favorise plus ce type d’opération, d’autant que l’annonce de plans de rachats n’est pas toujours confirmée dans les faits, qu’ils ne sont pas récurrents et qu’ils servent souvent à uniquement compenser les actions émises pour les cadres (stock-options). Ils ne nous semblent donc pas un signe aussi fort de la qualité du management (du moins si la part des bénéfices distribuée reste d'un niveau raisonnable) que le paiement de dividendes.

2ème cas : baisse du dividende

La réduction du dividende par une entreprise est un mauvais signe, d’autant que les dividendes voient, en général, leur progression lissée dans le temps pour éviter les à-coups qui perturbent les investisseurs. C’est un signe avant coureur de la dégradation de la rentabilité future (proximité de plans de restructuration, d’amortissements d’investissements réalisés dans de mauvaises conditions) ou que la structure financière est en péril. Ainsi, les groupes financiers Crédit Suisse et Zurich Financial Services viennent d’être contraintes à une baisse de leurs dividendes pour 2002 suite à des résultats financiers catastrophiques.

Soulignons néanmoins que la réduction du dividende peut se justifier si elle est une contrepartie à une hausse des investissements. Pour autant, rappelons que ce ne sont pas les groupes qui investissent le plus qui font le mieux progresser leur cours. Ainsi que l’ont confirmé les récents événements en Bourse, les managers de certaines très grandes entreprises ont vite tendance à vouloir dépenser des sommes colossales dans la création d’empires économiques qui ne créent pas de richesse actionnariale. Il s'agit donc de trouver le bon équilibre entre l'excès de liquidités et le surendettement.

Microsoft, assis sur des liquidités se montant à environ 36 milliards de dollars et confronté à un marché de l’informatique entrant petit à petit dans une phase de maturité, pourrait selon nous faire un effort dans ce domaine en payant un dividende, même si Bill Gates, 1er actionnaire du groupe, y perdait fiscalement. Par contre, Berkshire Hathaway, le holding du légendaire investisseur Warren Buffet, ne distribue rien. Sans que ne s’en plaignent les actionnaires puisque le groupe réussit (quasiment) chaque année à créer plus d’un dollar de valeur boursière avec chaque dollar de profits réinvestit dans l’entreprise.

Vers une nouvelle fiscalité ?

Vous l’aurez compris, plus une entreprise gardera dans ses coffres d’importantes liquidités, plus grand sera le risque qu’elle se lance dans des politiques détruisant de la valeur. Comment dès lors l’amener à se montrer plus économe de cette ressource loin d’être gratuite et illimitée ? Des chercheurs américains proposent la piste de la déductibilité des dividendes de la base imposable. Jusqu’à présent, seuls les intérêts des dettes sont déductibles, entraînant parfois un management à s’endetter dans des proportions folles (quitte à risquer la faillite en cas de crise) ou à garder des liquidités importantes dans ses caisses pour financer des projets destructeurs de valeur. Si la déductibilité des dividendes était une réalité, elle entraînerait selon eux les entreprises à en distribuer plus sous peine d’être d’avantage taxées. Par ailleurs, une entreprise ne payant pas de dividende serait jugée sévèrement par les investisseurs qui craindraient que les bénéfices soient de mauvaise qualité (sans bénéfice pas de dividende). Le paiement de dividendes serait donc un signe de confiance dans la gestion et les résultats de l’entreprise. Les entreprises auront de nouveau plus facilement accès au marché des capitaux si un climat plus serein se réinstalle.

Dans notre pays, une telle mesure est actuellement difficilement envisageable étant donné la non-fiscalisation des plus-values (contrairement aux dividendes) et le risque de dilution des participations des grands groupes étrangers qui contrôlent nos entreprises lors d’appels au marché.

Quelles actions ?

Pour un investisseur en quête de placements plus lisibles et moins risqués, il peut être intéressant, certainement dans le contexte actuel, de diversifier son portefeuille avec des actions présentant un rendement plus important que la moyenne. Mais tenez compte que si des entreprises distribuent des dividendes élevés, c’est souvent parce que la volatilité de leurs titres, tant à la hausse qu’à la baisse, est plus faible que la moyenne. Les actions d’entreprises ayant augmentés leurs dividendes sont selon nous dignes d’intérêt à l’image d’Axa et de BP. Traditionnellement, les valeurs du secteur de la distribution d’électricité présentent des rendements attractifs et une croissance des résultats plus régulière, pérennisant les dividendes. Elles sont aussi moins risquées. Le français Suez, l’espagnol Iberdrola et le portugais EDP ont des rendements de respectivement 3,2, 4,6 et 6,6%. Les pétrolières TotalFinaElf, BP et Eni présentent un rendement attendu pour 2002 de respectivement 2,9, 3 et 3,4% selon nos estimations et présentent également de belles perspectives de croissance qui nous laissent penser que le niveau actuel des dividendes peut être maintenu.

Conclusions

Après des années d’anathème, les dividendes semblent revenir en force (adepte de l’augmentation régulière de son dividende, l’américain Philip Morris vient d’augmenter le sien de 10%) alors que les entreprises essaient par tous les moyens de reconquérir la confiance de leurs actionnaires. Mais à moins de 2% de rendement pour le S&P 500 (indices des 500 plus grandes entreprises américaines), nous restons loin des 6% du début des années ’80. Quand les marchés sont malades, que la crise de confiance atteint entreprises, analystes, consultants, banques et auditeurs, les dividendes semblent devenir la planche de salut à laquelle se raccrochent les victimes du naufrage boursier.

En Belgique, le précompte mobilier est libératoire : l’impôt est prélevé à la source (vous touchez le montant net). Il se monte à 25% pour les dividendes d’actions et à 15% pour les dividendes d’actions à précompte réduit. Rappelons également que les plus-values ne sont pas soumises à l’impôt, faisant de notre pays un paradis fiscal en matière de placements boursiers.

Les dividendes d'actions étrangères encaissés en Belgique supportent à la fois le précompte mobilier belge et un impôt retenu à la source à l'étranger. Mais comme la Belgique a signé avec certains pays des conventions visant à éviter ou à diminuer cette double imposition, tout n’est pas perdu. Vous avez intérêt à prendre contact avec le Bureau Central de Taxation de Bruxelles, division étranger (02/548.57.61) pour demander la procédure à suivre.


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