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Investir dans les pays émergents : un choix judicieux aujourd'hui

Habituellement présentées comme des opportunités de placement potentiellement lucratives mais hautement risquées, les actions des pays émergents ont déçu ces dernières années. Les crises économiques et boursières ont en effet pesé sur les rendements. A oublier donc les pays émergents ? Nous ne sommes pas de cet avis et pensons qu’ils peuvent capter l’intérêt de tous les investisseurs, qu’ils soient « bons pères de famille » ou spéculateurs.

Bourses des pays développés en panne

Aujourd’hui, la majorité des investisseurs en actions sont déboussolés. Alors qu’ils constatent, impuissants, la baisse de valeur de leur portefeuille, ils ne savent plus où diriger leur regard. Le moins que l’on puisse écrire, en effet, est que la performance des Bourses occidentales a été particulièrement décevante ces derniers temps. A cet égard, deux grandes leçons peuvent être tirées.

  1. Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel.

    Alors que les partisans de la « nouvelle économie » nous prédisaient, il y a encore deux ans, une croissance économique forte marquée par des gains substantiels de productivité et la quasi-disparition des cycles économiques, force est de constater que ces rêves qui ont propulsé les actions américaines (surtout high tech mais pas seulement) vers les sommets resteront … des rêves. Le risque inhérent aux actions a été redécouvert par les investisseurs qui ont également fait leur deuil de perspectives de croissance bénéficiaire mirobolantes. Aujourd’hui, les économies des Etats-Unis, de l’Europe et du Japon sont largement en panne. Pas étonnant dans ce contexte que les actions aient subi une forte correction. Sans pour autant être déjà à des niveaux bon marché, selon nous.

  2. Quelle diversification ?

    Les investisseurs qui, pour tenter de réduire leur niveau de risque, avaient pris soin de ne pas mettre tous leurs oeufs dans le même panier en diversifiant sur une base européenne et américaine, ont en été largement pour leurs frais. Car les Bourses du Vieux Continent et d’Outre-Atlantique ont en effet réagi dans le même sens. Cela n’a pas toujours été le cas par le passé : par exemple, dans les vingt années qui ont suivi la seconde guerre mondiale, une réduction du risque pouvait être obtenue grâce à la faible corrélation entre marchés boursiers occidentaux. Mais, en périodes de fortes secousses économico-financières aux implications mondiales, les Bourses occidentales sont davantage corrélées, comme ce fut le cas lors de la Grande crise des années 30. La globalisation poussée de la période récente, d’abord entre pays européens puis de l’Europe avec les Etats-Unis, n’est évidemment pas étrangère à ce qui se passe aujourd’hui. Certes, principale source des problèmes, le secteur high tech (informatique et télecoms) est par nature globalisé. Mais, dans d’autres secteurs (notamment financier), les entreprises européennes ont pas mal investi Outre-Atlantique. Plus généralement encore, l’économie européenne reste dépendante des Etats-Unis (ainsi que du dollar dont les fluctuations influencent les exportations) comme poumon économique.

Selon nous, dans un tel contexte, le moment est venu de s’intéresser aux actions des pays émergents. Depuis 20 ans, il ne fait guère de doute que les opportunités de placement se sont élargies pour le petit investisseur. Asie, Amérique Latine, Europe de l’Est, Afrique… C’est vrai : ces contrées sont encore davantage synonymes d’exotisme et d’aventures que d’investissements boursiers. Mais le développement des sicavs et autres fonds fermés spécialisés dans ces régions a permis progressivement à tout un chacun de pouvoir placer une partie de ses économies aussi dans des actions de ces pays. Jusqu’il y a peu, le plus souvent, un tel investissement était le fait de spéculateurs ou était réalisé par effet de mode, sans raisonnement à l’appui. Partant d’une base nationale pour ses placements, l’investisseur « bon père de famille » était bien passé à une base européenne, voire américaine mais hésitait encore à franchir le pas des pays émergents. Et bien lui en a pris. Les performances récentes de ces placements n’ont guère été à la hauteur des espérances en regard des risques assumés, surtout du fait de la crise asiatique de 1997. Mais, face à la déroute actuelle des Bourses occidentales, les pays émergents aujourd’hui ne manquent pourtant pas d’attraits.

Pays émergents : hier, aujourd’hui …

Comme pour tout autre placement, il s’agit ici aussi de s’intéresser aux niveaux des cours ainsi qu’aux risques à assumer.

  1. Niveaux boursiers.

    Après 7 années de vaches maigres émaillées de crises (Asie, Russie, Argentine), les niveaux de cours des actions des pays émergents sont actuellement intéressants, selon nous, comparativement à ceux des actions des pays occidentaux. En terme de Price/Earnings, le niveau moyen des pays émergents est de 10 contre 18 pour les pays développés.

  2. Risques.

    Bien sûr, en tant que telles, les actions de ces pays demeurent très risquées. Certes des réformes économiques ont été entamées pour réduire à l’avenir la probabilité de crises importantes. Il n’en demeure pas moins que, à l’heure actuelle, l’investisseur y est moins protégé que dans nos contrées, et ce dans des contextes politiques et économiques toujours instables. Mais, et c’est intéressant, l’évolution des Bourses de ces pays présente une assez faible corrélation avec celle des Bourses des pays occidentaux. Par exemple, au cours de la période allant de janvier 1988 à mars 2002, le coefficient de corrélation boursière entre la zone Europe et la zone émergente était approximativement de l’ordre de 0.65 tandis que celui entre la zone Europe et les USA approchait 0.8. L’écart entre ces deux chiffres s’est d’ailleurs creusé au cours de la période récente. On peut également noter que tant au cours du mois d’août qu’au cours du mois de septembre, la volatilité des Bourses européennes a même été supérieure à celle des pays émergents (exception faite du Brésil, cas particulier du fait de la proximité de l’élection présidentielle). Vous pouvez donc, dans le cadre d’un portefeuille diversifié, réduire le risque total de vos placements via des actions de pays émergents.

… et demain ?

Dans leur course à la modernité, bien des économies émergentes ont encore du retard à combler sur leurs homologues occidentales. Pour fixer les idées, précisons que ces pays représentent 85% de la population de la planète mais seulement 21% de la production mondiale. En 2001, la capitalisation boursière totale de leurs marchés représentait 13% de celle des pays développés. Le potentiel de croissance est donc bien présent, qui devrait être servi par une démographie plus favorable (stabilisation des naissances entraînant une population atteignant graduellement plus massivement la force de l’âge) que dans les pays développés (où le taux de personnes dépendantes par rapport à la population active s’accroît). Mais cela ne suffit pas pour concrétiser ce potentiel ni pour assurer un rendement intéressant aux actionnaires. A cet égard, au-delà des aléas conjoncturels difficilement prévisibles (notamment en relation avec la croissance mondiale), il nous apparaît que deux tendances importantes se dégagent et seront bénéfiques pour les actions des entreprises des pays émergents ces prochaines années.

  1. La globalisation.

    Au niveau mondial, la globalisation des échanges se poursuit. Malgré les attentats du 11 septembre et l’émergence, dans nos contrées, d’un mouvement contestataire anti-globalisation, nous écartons ici l’hypothèse d’un retour du protectionnisme au niveau mondial (comme ce fut le cas entre les deux grandes guerres du XX e siècle). Or, plusieurs études ont montré que le processus des échanges commerciaux et financiers au niveau mondial est bénéfique à la croissance des pays émergents qui y prennent part. Ainsi, selon une étude récente de la Banque Mondiale (« Globalization, Growth and Poverty : Building an Inclusive World Economy », 2002), 24 pays émergents – parmi lesquels la Chine, l’Inde, la Hongrie ou encore le Mexique - qui ont accru leur intégration à l’économie mondiale ont connu dans les années 90 une croissance économique annuelle moyenne par habitant de l’ordre de + 5% (contre + 2% pour les pays développés et – 1% pour les pays restant en marge de la globalisation). Majoritairement aujourd’hui, ce ne sont plus des produits minéraux ou agricoles mais bien des produits manufacturés (à 80%) qui sont exportés par les pays émergents, ce qui est favorable à la constitution d’une classe moyenne (moins de pauvreté et meilleure éducation) et donc au développement économique interne. De plus, les opportunités d’exportation constituent le plus souvent une source importante de motivation pour les entreprises à être plus productives : confrontées à la concurrence internationale, les entreprises sont en effet poussées à être plus sélectives en matière d’investissements, de formation et de technologie (Hallward-Driemeier & alii, « Exports and Manufacturing Productivity in East Asia : A Comparative Analysis of Firm-Level Data », 2002).

  2. Le Corporate Governance (Gouvernement d’Entreprise)

    Si, suite aux dysfonctionnements récents (affaires Enron, WorldCom, Vivendi, Arthur Andersen, etc), les Etats-Unis et l’Europe réfléchissent aux réformes nécessaires visant leurs systèmes de « Corporate Governance », il est à noter que bon nombre de pays émergents n’en sont qu’à leurs premiers pas dans ce domaine. De quoi s’agit-il ? Dans les pays émergents, on passe progressivement de systèmes basés sur des relations informelles (où se côtoient le meilleur mais surtout le pire, à savoir la corruption et le non respect des actionnaires minoritaires) à des systèmes plus régulés en vue d’une meilleure efficacité de gestion. Au coeur de ces systèmes, on retrouve une plus grande attention accordée à la défense des intérêts des fournisseurs de capitaux extérieurs comme les actionnaires, y compris minoritaires. Les avantages sont sensibles : citons, par exemple, une meilleure allocation des capitaux, une réduction du coût du capital ou encore un accès à une information plus complète et transparente. Une étude du Crédit Lyonnais Securities Asia (2001), basée sur 495 entreprises de 25 pays émergents, a ainsi montré un lien significatif entre performances opérationnelles et boursières d’une part et principes de Corporate Governance d’autre part. Bien sûr, c’est loin d’être parfait à l’heure actuelle : entre l’énoncé du principe et son respect dans les faits, un abîme existe encore souvent, surtout par faute de moyens de contraintes (légales ou réglementaires). Mais cela s’améliore avec à la clé, à terme, de réels espoirs d’une meilleure valorisation boursière de ces marchés. Ces réformes structurelles peuvent aussi entraîner une meilleure capacité de résistance des pays et des entreprises de ces régions aux crises. Le cas de la Malaysie est révélateur : une étude récente (Khatri & alii, « Corporate Performance and Governance in Malaysia », 09/2002) a mis en évidence que la crise économique asiatique en 1997 a été amplifiée, voire en partie causée, par la faiblesse des entreprises malaises dans une structure industrielle marquée par des liens trop étroits entre gouvernement, banques et entreprises. Participations croisées et concentration de l’actionnariat parachèvent le tableau d’une économie où les possibilités de contrôle externe étaient quasi-inexistantes, empêchant la promotion d’une réelle efficacité des modes de gestion. Des réformes sont là aussi actuellement en cours pour « corriger le tir ».

Quelles régions et quels pays privilégier ?

Actuellement, notre préférence va à l’Asie (hors Japon, bien entendu) et à l’Europe de l’Est. Côté asiatique, la conjoncture mondiale n’a guère avantagé dernièrement ces pays souvent actifs à l’exportation mais des réformes importantes ont été menées pour raviver et consolider leur marché intérieur. Corée du Sud, Thaïlande et Malaisie sont les pays les plus prometteurs en terme de réformes, notamment en faveur des PME. Par contre, Taiwan, l’Indonésie, les Philippines, Hongkong et la Chine recèlent des facteurs de fragilité divers. Notamment avec les perspectives d’adhésion future à l’Union Européenne, les pays d’Europe de l’Est présentent également des opportunités intéressantes, à l’exclusion de la Pologne (tensions politiques, réformes dans l’impasse, ingérence des autorités dans l’économie et ralentissement marqué de la croissance économique) et de la Russie (trop de volatilité, dépendance du rouble au cours du pétrole et omniprésence de la corruption). Par contre, nous évitons pour l’instant l’Amérique Latine structurellement en panne de réformes institutionnelles importantes (notamment au niveau législatif) et conjoncturellement en proie à des difficultés majeures en Argentine et au Brésil. Structurellement, de façon malheureusement plus marquée encore, nous déconseillons l’Afrique, continent confronté à trop de problèmes structurels (éducation très faible, guerres, agriculture peu productive, etc.) : une étude récente montre que, même avec des hypothèses optimistes, il n’est guère vraisemblable que dans les vingt prochaines années l’Afrique puisse connaître une aventure comparable à celle qu’ont connue les « Tigres » asiatiques (Berthélemy & Söderling, « Will There Be New Emerging-market Economies in Africa by the Year 2020 ? », 08/2002).

Comment investir ?

Entendons-nous bien : nous ne vous conseillons pas de déserter massivement les Bourses occidentales pour vous lancer à corps perdu dans les actions de pays émergents ! En périodes d’incertitudes, comme celle que nous traversons actuellement, la diversification reste le maître mot ! Le « bon père de famille » choisira ainsi un ou plusieurs fonds pour une part réduite de son portefeuille (quelque 5% nous semble idéal ; en tous cas, pas plus de 10%). Concernant l’Asie, il optera pour AWF Asian Equities (AXA Banque) et Interselex Invest New Asia (Fortis Banque). Par ailleurs, PP EU Convergence Growth Fund (Bank J. Van Breda) quiconque cherche à profiter du potentiel de l’Europe de l’Est.

L’investisseur qui accepte de supporter un risque supplémentaire dans l’espoir de plus de rendement a deux options :

  1. Augmenter la proportion de ses avoirs investie en actions de pays émergents et/ou

  2. Investir via des actions individuelles :
    Si, dans bien des cas, il est encore souvent très coûteux, très difficile voire carrément impossible pour un investisseur individuel occidental d’acheter directement des actions sur des marchés locaux émergents, certaines actions de ces pays sont cotées sur des marchés occidentaux. Par exemple, des actions d’entreprises indiennes sont cotées aux Etats-Unis ou encore, des actions d’entreprises de pays baltes sont cotées en Finlande. Notons que, pour avoir accès aux marchés occidentaux, ces entreprises doivent respecter des règles souvent plus strictes que sur leurs marchés d’origine, notamment en matière de diffusion d’informations financières en quantité et qualité suffisantes. C’est déjà un filtre important qui éloigne l’investisseur de tout placement potentiellement catastrophique. Mais le risque reste évidemment énorme et nous ne conseillons ce genre d’entreprise qu’aux plus casse-cou d’entre vous. Des conseils ? Pour continuer à circonscrire votre horizon, consultez les compositions de sicav investissant dans ces régions, autre filtre intéressant en ce qu’il est opéré par des professionnels. Ensuite, vérifiez au minimum que le site internet de l’entreprise que vous auriez repérée soit bien présenté (en anglais) avec une section complète en matière de relations avec les investisseurs (« Investor relations ») (rapports annuels, trimestriels, contacts, liste d’analystes suivant l’action, etc.). Cela vous permettra de réaliser une analyse financière minimale dans des conditions acceptables. Enfin, si vous débutez dans ce périlleux exercice, optez plutôt pour des valeurs bancaires : en effet, via une banque, vous augmentez vos chances de participer au développement attendu global du pays ou de la région tout en réduisant quelque peu les risques (effet de mini-diversification).


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