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Enfants de l’action contre l’intervention américaine au Vietnam et les
entreprises qui y participaient (directement ou non), les mouvements citoyens
ont pris de l’ampleur dans les années ’80 et ’90 alors que de grandes
catastrophes industrielles trouvaient un écho important auprès de la population
du globe : explosion de l’usine chimique de l’Union Carbide à Bhopal ou
encore l’échouage du pétrolier Exxon Valdez sur les côtes de l’Alaska. Ces
catastrophes ont contribué à créer petit à petit un climat de défiance autour
des entreprises. Plus récemment, le crash boursier des valeurs technologiques,
la multiplication des plans de licenciements et la faillite de l’entreprise
américaine Enron ont fini par jeter le doute sur la place des entreprises dans
notre société.
Des entreprises plus responsables…
En réaction à cette désaffection des dernières années, le monde de
l’entreprise se montre petit à petit plus sensible et ouvert aux demandes
émanant de la société, non pas par bonté d’âme mais parce que un nombre
croissant d’investisseurs-consommateurs, dont des décisions d’achat s’appuient
aussi sur des critères éthiques, le réclame aussi. Où sont fabriquées ces
chaussures de sport ? Les déchets industriels sont-ils recyclés ? Ma
voiture pollue-t-elle beaucoup ? Certes, cette tendance n’est pas
universelle (beaucoup de consommateurs ne demandent encore que des prix les plus
bas) mais un mouvement semble se dessiner. Et si les consommateurs s’inquiètent
de l’éthique, les marchés s’en préoccupent également et les dirigeants
d’entreprises y font donc attention. La peur de certains industriels européens
de l’agroalimentaire de se lancer dans la production à grande échelle
d’organismes génétiquement modifiés confirme cette tendance. Dans le secteur
pétrolier, Royal Dutch se montre conscient de ses responsabilités en s’engageant
dans le développement durable (« sustainable development management
framework ») et mesure ses performances sous l’angle économique, social et
environnemental (principe du « triple bottom line »).
… et des pays sous pression
Fin février 2002, le fonds de pension américain Calpers (qui gère les fonds
de retraite des fonctionnaires de Californie) a frappé un grand coup en
annonçant son retrait de quatre marchés asiatiques (Indonésie, Malaisie,
Philippines et Thaïlande), principalement pour des raisons éthiques. Ces pays
s’ajoutent ainsi à la « liste noire » de Calpers reprenant notamment
le Pakistan, la Chine, le Venezuela… Donner un même poids à des critères sociaux
et éthiques (conditions de travail, principes démocratiques de base, protection
de l’actionnaire…) qu’à des critères financiers (performances des entreprises…)
est, pour un fonds qui n'a au départ pas de vocation éthique, une nouveauté que
beaucoup applaudiront. Forts de l’exemple de Calpers, qui réjouira plus les
syndicats américains que les travailleurs asiatiques, d’autres intermédiaires
financiers pourraient réévaluer leurs investissements dans certaines régions du
monde.
La responsabilité sociale des entreprises va bien au-delà du respect de
normes sociales et environnementales, englobant aussi l’attitude prise par le
management vis-à-vis de ses salariés (gestion des risques sur le lieu de
travail), de ses fournisseurs (en s’assurant qu’ils respectent les mêmes
critères éthiques) et de ses actionnaires. Pour ces derniers, le respect de
leurs droits à la transparence de leurs investissements et à l’information
s’impose de plus en plus dans un contexte marqué par une méfiance croissante à
l’égard des grands groupes et spécialement de ceux présentant une
diversification d’activités, résultat d’acquisitions réalisées ces dernières
années parfois au prix fort (AOL Time Warner, Vivendi Universal, WorldCom…).
Ethique et Bourse
Le développement des fonds éthiques répond à deux motivations qui ne sont pas
nécessairement antagonistes.
D’une part, les intermédiaires financiers sont toujours à la recherche de
nouveaux produits de placements à proposer à leurs clients et donc de
nouvelles sources de revenus. Les fonds éthiques viennent ainsi compléter, à
l'instar des fonds garantis ou des fonds sectoriels, la gamme d'instruments de
placements collectifs qu'ils proposent. D’autre part, la demande pour ces
produits de placement correspond aux soucis d’une frange croissante de notre
société de vouloir réconcilier opinion politique et morale et placements. Cette
catégorie de fonds ne représentant encore qu'une partie relativement petite de
l'encours des fonds de placements, la marge de progression est encore
importante.
Si les fonds éthiques se multiplient, le thème de la responsabilité sociale
est-il pour autant synonyme de performance boursière ? Le manque de recul
et de données par rapport à ce phénomène ne permet pas de trancher clairement
cette question dans un sens ou dans l’autre. Si la performance de ces fonds fut
bonne ces dernières années, la place faite aux actions technologiques (dont les
entreprises sont par nature plus « socially friendly » que la
production de pétrole ou l’extraction minière), jusqu’à leur chute, est un
facteur dont il faut tenir compte. Mais à la lecture des études les plus
récentes, il ne semble pas exister de contradiction entre performance d’un
investissement et éthique. Pour les partisans de ce type de placement, une des
explications est la suivante : si une entreprise renforce ses programmes de
protection de son personnel sur le lieu de travail, met en place des plans de
défense de l’environnement…, elle augmentera la loyauté de son personnel et de
ses clients (conserver un client est beaucoup plus rentable que d’en conquérir
un nouveau) et courra moins le risque de procès, ce qui contribuera à la
stabilité de ses activités et à l'amélioration de son image de marque. Cela
participerait à la baisse de son coût du capital (coût des moyens qui lui sont
donnés par les banques et les investisseurs pour son activité), lui permettrait
d'engager les meilleurs employés, et éventuellement d’augmenter le prix de ses
produits et services, ce qui aurait au final un impact sur les résultats
financiers et donc sur le cours de bourse. De quoi plaire aux investisseurs. A
titre d’exemple, rappelons nous que le volumineux dossier de l’amiante sur
certains lieux de travail fait peser une menace certaine sur nombre de sociétés.
Ainsi, les constructeurs automobiles Ford, General Motors et DaimlerChrysler
sont poursuivis pour avoir utilisé de l’amiante dans leurs systèmes de freins
(achetés à un sous-traitant) il y a quelques années.
Choix éclairé
Le particulier souhaitant investir dans ce type de compartiment pour allier
éthique et performance doit se montrer très attentif à la composition et au mode
de fonctionnement de ces fonds car la désillusion n’est peut être pas loin. La
notion de ce qui est éthique et ce qui ne l’est pas est variable dans la mesure
où chaque gestionnaire de fonds a ses propres critères, sa propre appréciation,
au-delà du travail accompli en amont par des agences de notation spécialisées.
Ainsi, le secteur de l’armement souvent décrié devient essentiel quant il s’agit
d’assurer notre sécurité comme l’ont montré les récents événements. Et comment
réagira l’investisseur face au secteur de la biotechnologie pour lequel les
manipulations génétiques représentent un axe de développement, une source
potentielle d’amélioration de la santé ou bien la limite éthique à ne pas
transgresser ? Doit-on comme le font certains gestionnaires mettre dans le
même sac technologie nucléaire et science génétique ? Ici, la nécessite de
jouer la carte de la transparence pour le promoteur du fonds prend toute son
importance.
Commercialement parlant, il sera toujours important pour les promoteurs
financiers que leurs sicav éthiques affichent une belle performance, d’où la
tentation pour un gestionnaire de revoir à la baisse les critères de sélection
des entreprises qui constituent son portefeuille pour donner un petit coup de
pouce aux résultats. A l’inverse, si un gérant de fonds se montre trop strict
quant à ses critères éthiques au point de diminuer le nombre d’actions ou de
secteurs à sa disposition, le danger est réel de réduire la diversification de
son portefeuille et ainsi d’augmenter le degré de volatilité (et de risque) de
son investissement, ce qui n’est pas recommandable si on sait que la Bourse ne
rémunère jamais le risque qui peut être éliminé par la diversification. Ce n’est
donc pas la nature socialement responsable des sociétés qui augmente la
volatilité d’un portefeuille mais bien le nombre plus réduit de secteurs et
d’entreprises entrant dans sa composition.
Enfin, l’augmentation du nombre d’intermédiaires participant à la
construction d’une sicav éthique entraîne parfois un accroissement des frais de
gestion (dont une partie est parfois reversée à des ONG), ce qui pèsera
évidemment sur le rendement final de votre investissement.
Conclusions
Petit à petit, la perception par nos entreprises de leur rôle au sein de nos
sociétés se modifie et se montrer plus éthique n’est plus considéré comme une
idée pour « les cheveux longs ». Bref, la phrase du prix Nobel
d’économie Milton Friedman selon qui « l’entreprise n’a qu’une
responsabilité, celle de payer des dividendes à ses actionnaires » semble
avoir fait son temps. Cette tendance qui demande par ailleurs à être confirmée
pour ne pas être qu’une mode permettra peut être de réconcilier le couple
jusqu’alors improbable que forment éthique et placements financiers.

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