Avis à ceux qui ne seraient pas encore convaincus : les trackers
montent en puissance, ils ont gagné les cœurs et les portefeuilles des
investisseurs, professionnels et particuliers. Une étude du spécialiste de la
question, BlackRock, le montre dans un langage qui tient de la proclamation des
Oscars. Fin 2009, le nombre des trackers a atteint un niveau record (environ
2.000) sur un nombre record de marchés boursiers (40) pour un nombre record de
cotations (4.000) et un avoir total, record lui aussi, de 1.000 milliards de
dollars, sot 730 milliards d’euros. Ça vaut bien un Oscar, effectivement.
Le secteur financier se frotte les mains. Parce que le volume
quotidien des transactions n’a jamais été aussi élevé (merci les commissions !)
et que le franchissement de la barre psychologique des 1.000 milliards de
dollars était considéré comme un défi (merci les frais de gestion !). Pas mal
pour un produit qui n’a qu’une quinzaine d’années d’âge et dont les premiers pas
ont été hésitants. Mais par la suite la croissance a été forte : 61 % par
an. A ce rythme-là, il n’est pas étonnant que les émetteurs de trackers se
soient multipliés, eux aussi.
Le succès des trackers est mérité, mais nous nous posons quand même
des questions sur la manière dont le secteur gère ce succès. Il y a en ce moment
plus de 800 (!) produits nouveaux dans le pipe-line qui, à première vue, ne
brillent ni par leur stratégie (ils sont de plus en plus spécialisés), ni par
leur transparence (ils sont de plus en plus compliqués). Il semble bien que la
fonction première des trackers, c’est-à-dire suivre un grand indice, ait de
moins en moins d’intérêt aux yeux d’un nombre croissant d’émetteurs. C’est une
dérive qui à nos yeux ne va pas dans un sens favorable aux
investisseurs.