Avec l’incroyable essor qu’ont connu internet et les autoroutes de
l’information, les données disponibles sur l’économie et les entreprises sont à
ce point nombreuses que je me pose la question suivante : comment vos analystes
peuvent-ils être sûrs d’avoir lu tout ce qu’ils devaient savoir avant de
formuler le meilleur conseil possible à propos d’une action ?
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Avant de répondre à votre question somme toute logique, nous tenons
à rappeler une évidence : investir revenant, pour une partie, à faire des
prévisions, il est illusoire de croire que ces prévisions pourraient être
parfaites. Personne ne sait en effet jamais avec certitude à quoi l’avenir
ressemblera. Par ailleurs, les analystes financiers qui doivent évaluer des
entreprises de l’extérieur ne savent jamais tout de la cuisine interne. Ils
doivent donc poser un jugement sur la base des informations dont ils disposent,
et s’appuient dans ce cadre sur leur expérience de la société en question ainsi
que sur la position de cette société sur le marché et dans son secteur. Ce
jugement est ensuite traduit en prévisions chiffrées qui servent en fait de base
pour chaque appréciation donnée à propos d’une action : est-elle bon marché,
correctement évaluée ou chère ? Et c’est précisément là que réside la
majeure partie de la valeur ajoutée que peut apporter un analyste. Un élément
plus fondamental encore est que la qualité d’une analyse et, in fine, de l’avis
sur une action déterminée, ne dépend pas de la quantité d’informations
collectées. Des chercheurs ont ainsi pu démontrer qu’en cas de doute, l’apport
d’informations supplémentaires au moment de la prise d’une décision avait en
réalité pour effet de rendre cette décision plus difficile. La capacité de
jugement peut en effet, dans ce cas, être altérée par l’intégration d’éléments
secondaires dans des éléments essentiels, alors que le décideur a le sentiment
qu’il peut opérer de meilleurs choix parce qu’il a plus d’informations à sa
disposition. Autrement dit, un analyste ou investisseur qui se fie trop à la
quantité d’informations dont il dispose sera plus convaincu, à tort, d’avoir
raison et sera donc plus rapidement enclin à prendre ou faire prendre des
risques excessifs à propos d’une action déterminée. L’adage anglais “less is
more” (moins, c’est plus) peut donc aussi parfois être valable dans ce
cas.
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