Sous la loupe (21 oct 2002)
SOUS LA LOUPE
LES ASSUREURS EUROPEENS
Depuis quelques mois, le cours des actions de compagnies
d'assurances ne cesse de chuter. Bon nombre d'entreprises du secteur souffrent
de la dégradation de leur situation financière et sont contraintes de procéder à
une augmentation de capital, au grand regret des investisseurs qui voient ainsi
se réduire la valeur de leur participation. Dans ces circonstances, la
sélectivité est plus que jamais de rigueur. Toutes les actions bon marché ne
sont pas dignes d'un achat. A notre sens, cinq compagnies sont conseillées.
Pessimisme croissant
Jusqu'en 2001, la solvabilité des assureurs ne posait aucun
problème, les compagnies devant se soumettre à une directive européenne quant au
respect d'une marge minimum de solvabilité (voir "Entre Nous") pour assurer leur
croissance future. De plus, elles constituent une réserve supplémentaire pour
faire face à d'éventuels futurs sinistres, lourds ou répétés. Leur ratio de
marge de solvabilité (voir "Entre
Nous") s'élevait alors, pour la plupart, à plus de 200 % de la marge
requise par la directive, et même à 300 ou 400 % pour certains grands
groupes mondiaux. Pour constituer cette réserve, les assureurs comptaient sur
leurs juteux bénéfices mais aussi sur les plus-values latentes de leur
portefeuille d'investissements : les marchés financiers tournaient à plein
régime. Mais le vent a tourné. Les attaques du 11 septembre, le malaise
persistant des marchés, la cascade des faillites, la crise économique de
certains pays (Argentine, …), la multiplicité et l'ampleur des catastrophes
naturelles, le dossier explosif de l'amiante : autant d'éléments qui ont mis à
rude épreuve la situation financière des compagnies. Et ce fut la fin des
bénéfices, les plus-values mobilières se transformèrent en moins value et le
poids du goodwill + dans les
bilans s'alourdit. De plus, certains groupes tels que Münich Re, Allianz et CS
Groupe doivent utiliser leurs fonds propres pour recapitaliser certaines de
leurs filiales. Tous les groupes européens voient leur réserve se réduire
dangereusement. Cette réduction n'a pas partout la même ampleur ni la même
origine. Les assureurs britanniques, par exemple, sont plus sensibles au marché
des actions que ceux du continent (portefeuille investi en actions pour environ
50 % contre 20 % ailleurs). Les assureurs suisses doivent tenir compte
de l'obligation légale d'assurer un rendement minimum garanti de 4 % sur
les polices "vie". Et les allemands et les belges sont confrontés au même
problème : même si les rendements garantis ont été revus à la baisse, les
contrats aux taux garantis initiaux courent toujours.
A la recherche d'argent frais
De plus en plus de compagnies voient leur ratio de marge de
solvabilité s'approcher dangereusement du minimum légal. Les agences de notation
(rating) accordent à leur solvabilité une note plus faible (voir "Entre nous"). Pour remédier à ces
problèmes, les compagnies doivent procéder à une augmentation de capital, soit
par l'émission de nouvelles actions, soit par le lancement d'emprunts
obligataires. Même si l'option des obligations semble plus intéressante à
première vue (pas de dilution du bénéfice), dans les circonstances actuelles,
elle est moins indiquée pour les assureurs. Tout d'abord, vu la situation
financière affaiblie, un accroissement de la dette n'est pas le bienvenu. De
plus, des taux élevés doivent être offerts sur les obligations pour attirer les
investisseurs, de sorte que l'alourdissement des charges financières vient
encore peser sur la marge de solvabilité. Les compagnies émettent donc plutôt de
nouvelles actions, mais cette opération n'est pas non plus la solution miracle.
Pour que les investisseurs soient séduits par les nouvelles actions, il faut que
celles-ci soient offertes à un prix bien inférieur au cours boursier (fin
octobre, ZFS émet de nouvelles actions à un prix atteignant à peine 41 % du
cours de bourse avant l'annonce !). Il faut dès lors émettre un grand nombre
d'actions pour rassembler le montant souhaité, de sorte que le bénéfice par
action s'en trouve fortement dilué et la valeur de la participation de
l'actionnaire sérieusement réduite. Pour maintenir un bon équilibre entre charge
de la dette et capital, d'autres mesures sont nécessaires. Certaines compagnies,
comme ZFS ou Aviva, réduisent leur dividende, de sorte que l'avantage de
l'actionnaire est encore raboté. D'autres se détournent de certaines branches,
comme Prudential, qui a abandonné les assurances-dommages. Et du côté des
primes, tous les assureurs ont annoncé une augmentation de 15 % lors du
renouvellement des contrats.
Choix limité
Plusieurs compagnies combattent la crise à l'aide de
restructurations (assainissement du portefeuille clients, réduction des coûts,
augmentations de tarifs, …). A l'heure actuelle, les actions (bon marché) de
cinq assureurs peuvent être un placement intéressant.
· Les AGF (Paris – 32,46 EUR)
sont principalement actifs en France et parfaitement positionnés pour profiter
de la reprise du marché de l'assurance-vie dans leur pays. Et la faible
exposition de la compagnie au marché des actions est certainement un avantage
dans le contexte actuel.
· Axa (Paris – 14,32 EUR)
confirme ses promesses : exposition aux actions réduite à 20 % du
portefeuille, dette réduite à 47 % du patrimoine (contre 63 % fin 2000),
coûts sérieusement revus à la baisse, rating encore correct. L'action Axa est
sans doute celle qui offre le meilleur potentiel de reprise en cas de
redressement des marchés.
· Prudential (Londres
– 452 p.), spécialisée dans l'assurance-vie, profitera de l'essor de
ce marché au Royaume-uni grâce à la forte croissance du créneau des fonds
de pension. Le groupe est également présent en Asie, un marché encore largement
sous-exploité. Sa banque en ligne, bénéficiaire, constitue un canal de
distribution de plus en plus important. Enfin, son portefeuille d'investissements
est relativement peu sensible aux actions, comparé à ses concurrents
britanniques.
· Les bancassureurs Fortis (Bruxelles –
18,05 EUR) et ING
(Amsterdam – 17,75 EUR) restent aussi conseillés à l'achat. Les baisses de
bénéfices qu'ils accusent dans les assurances sont largement compensées par les
résultats des activités de banque de détail.


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