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Sous la loupe : La pharmacie : un secteur malade ? (22 mars 2004)

SOUS LA LOUPE


LA PHARMACIE : UN SECTEUR MALADE ?

 

L'an dernier, le chiffre d'affaires de l'industrie pharmaceutique, libellé en dollar, a progressé de 9 % (à taux de change constants). Au niveau de la rentabilité, par contre, la situation est moins favorable. A long terme, le potentiel du secteur reste néanmoins intéressant vu le vieillissement de la population, le diagnostic de nouvelles pathologies non encore élucidées et les avancées (quoique très lentes) en matière de compréhension des mécanismes génétiques. C'est dans cette perspective que nous conseillons actuellement les actions Pfizer et Eli Lilly .

 

SECTEUR DE LA PHARMACIE (gras; base 100)/INDICE MONDIAL

 

 

Depuis notre dernière analyse sur la pharmacie, l'indice sectoriel n'a progressé que de 14 %, alors que tous secteurs confondus, les Bourses ont gagné 34 %.

 

Le tour des problèmes

 

· Faible productivité des départements Recherche & Développement (R&D). Alors qu'en 1996, 53 nouveaux médicaments étaient encore lancés sur le marché américain, ce nombre est tombé à 21 en 2003. Une évolution regrettable pour les sociétés pharmaceutiques qui, avec l'expiration récente des brevets d'un grand nombre de leurs "blockbusters" (médicaments réalisant plus de 1 milliard de dollars de chiffre d'affaires par an), se doivent de trouver de nouveaux médicaments si elles veulent maintenir leurs revenus à flot.

 

· Hausse continue des coûts de développement. Selon les chiffres du gouvernement américain, le budget de recherche consacré aux médicaments aux Etats-Unis double tous les cinq ans depuis 1970. Non seulement les techniques de recherche utilisées coûtent davantage, mais les autorités de contrôle demandent également plus d'essais cliniques avant de donner leur accord de commercialisation. Parallèlement, les risques augmentent aussi : recherches et/ou tests interrompus, commercialisation reportée, voire supprimée.

 

· Agressivité croissante des fabricants de génériques. D'une manière générale, un médicament breveté est protégé une dizaine d'années après son exploitation commerciale vu la durée nécessaire aux développements cliniques et l'obtention de l'agréation des autorités de contrôle. Il peut ensuite être copié. Or, comme les fabricants de génériques n'ont pas dû investir dans leur développement, ces produits sont nettement moins chers. Résultat, les ventes du médicament originel s'effondrent. En 2001, les ventes de l'antidépresseur Prozac de Eli Lilly ont ainsi chuté de 70 % neuf mois après l'échéance de son brevet. Les fabricants de génériques sont de plus en plus prompts à copier les "blockbusters", parfois même avant l'échéance présumée de leurs brevets.

 

· Economies dans le secteur des soins de santé. La situation dans laquelle se trouvent les organismes de sécurité sociale les oblige à revoir drastiquement à la baisse la quantité de médicaments qui bénéficieront de leur aide financière, ainsi que son pourcentage. Parallèlement, la sécurité sociale stimule la vente de génériques.

 

Fusions : la recette miracle ?

 

La combinaison des pressions sur les revenus et des hausses de coûts a fortement détérioré la rentabilité du secteur pharmaceutique. Partant du fait que les fusions permettent de réaliser des économies d'échelle au niveau des frais généraux et qu'un groupe de taille plus importante sera en meilleure position pour négocier le prix de ses médicaments auprès des organismes de sécurité sociale, un grand nombre de fusions ont émaillé ces dernières années (Pfizer, Aventis, GlaxoSmithKline…). Malgré tout, le marché pharmaceutique reste assez fragmenté. Les dix premiers groupes pharmaceutiques mondiaux ne totalisent qu'un peu plus de 50 % de parts de marché. D'autres fusions, à l'image de celle lancée par Sanofi-Synthélabo sur Aventis, ne sont donc pas à exclure. Novartis s'est ainsi clairement dit prêt à participer à la consolidation du secteur. Cibles potentielles : Roche, dont il détient déjà 33 %, voire Aventis. Néanmoins, une fusion n'est pas un gage de succès et ne suffit pas à augmenter durablement la rentabilité d'une société. Aventis, déjà issu d'une précédente fusion lancée en 1999, n'a depuis lors commercialisé aucun nouveau médicament important. Or, c'est quasi exclusivement sur la qualité de son portefeuille de médicaments qu'une firme pharmaceutique tirera sa rentabilité.

 

Nouvelles tendances

 

Sans pour autant recourir aux fusions, les grands groupes pharmaceutiques ne comptent plus uniquement sur leurs propres équipes de recherche pour développer leurs portefeuilles de médicaments. Ils signent de plus en plus d'accords de sous-traitance et de partenariat avec de petits laboratoires de biotechnologie, voire même avec leurs concurrents directs. En sous-traitant la réalisation de tests, d'essais chimiques et biochimiques à de petites firmes ayant mis au point elles-mêmes des technologies très spécialisées, les gros laboratoires espèrent améliorer leur capacité d'innovation. La firme Genentech, dont Roche détient 60 %, a permis au groupe suisse de commercialiser pas mal de nouveaux médicaments, dont le dernier en date, l'Avastin, est destiné à combattre le cancer du colon. Si se priver de l'expertise extérieure serait déraisonnable, il faut garder à l'esprit que ces partenariats se révèlent parfois coûteux pour une efficacité toute relative. Aventis, en panne d'innovation thérapeutique, a ainsi signé plus de 200 contrats pour un budget de quelque 600 000 dollars par an. Si la fusion lancée par Sanofi aboutit, le PDG de Sanofi a d'ores et déjà annoncé qu'il mettrait fin à bon nombre de ces accords jugés improductifs.

 

Nouvelle ère, nouveaux maux

 

Avec le temps, de nouveaux domaines thérapeutiques apparaissent, constituant de nouveaux vecteurs de croissance bénéficiaire pour le secteur. Ils sont tantôt le fruit de meilleures connaissances scientifiques et d'un progrès de diagnostic, tantôt le fruit du hasard ou d'une évolution de notre mode de vie. Les deux médicaments actuellement les plus vendus au monde sont le Lipitor et le Zocor, deux médicaments traitant l'excès de cholestérol, commercialisés par respectivement Pfizer et Merck. Leur succès vient de l'importante prise de conscience depuis les années nonante de l'effet néfaste de l'excès de cholestérol dans les maladies cardio-vasculaires, et de la nécessité d'une thérapie adaptée.
Pour sa part, le célèbre Viagra de Pfizer, dont les ventes ont dépassé 1,8 milliard de dollars en 2003, a fait son apparition fortuitement en 1998. Alors que Pfizer cherchait à développer un nouveau médicament pour le cœur, les effets secondaires apparus dans le cadre d'essais cliniques l'on amené à développer ce médicament. Une nouvelle classe thérapeutique dont personne ne se préoccupait réellement jusqu'alors est née : les traitements de l'impuissance masculine. Dans le même esprit, Pfizer avait initié des recherches qu'il vient d'interrompre pour développer un Viagra au féminin.

Le groupe américain Eli Lilly, enfin, est parvenu, après l'expiration du brevet du Prozac, à se relancer grâce à quelques succès dans le domaine des pathologies mentales et comportementales de plus en plus courantes dans nos sociétés stressées.

 

Potentiel élevé à long terme

 

Beaucoup de choses restent à découvrir en médecine et en pharmacologie. Si les scientifiques ont une très bonne maîtrise des maladies infectieuses, responsables dans nos pays riches d'un faible pourcentage de décès, le niveau curatif des maladies n'ayant pas une cause microbienne ou virale reste largement perfectible. A ce titre, bon nombre de scientifiques pensent toujours qu'une des solutions se trouve dans une meilleure compréhension des mécanismes génétiques au sens large. Certes, le séquençage du génome (ensemble des caractéristiques héréditaires) réalisé très récemment n'a pas encore permis de révolutionner les traitements comme certains l'espéraient. Mais il faut garder espoir. Les biotechnologies ont déjà permis de faire des avancées concrètes en matière de diagnostic. Si on ne sait pas encore nécessairement soigner toutes les maladies d'origine génétique, en identifiant mieux les personnes à risque, on peut développer davantage de traitements préventifs. Le vaste domaine des sciences de la vie laisse aux groupes pharmaceutiques d'immenses possibilités de se développer. Il est raisonnable de penser qu'en comprenant davantage les mécanismes de la biologie moléculaire, la productivité des équipes de recherche sera tôt ou tard renforcée, apportant de réelles innovations thérapeutiques rentables.

 

Conclusion

 

Tout en étant confronté à des risques spécifiques importants (budgets de recherche élevé sans garantie de succès, concurrence croissante des génériques, procès de concurrents ou de patients …), le secteur pharmaceutique a, dans son ensemble, une perspective de croissance à long terme supérieure à la moyenne de l'économie. En cause : le vieillissement de la population (utilisation accrue de médicaments), le diagnostic de pathologies liées au mode de vie actuel (diabète, obésité,…), les progrès de la biotechnologie et le développement de thérapies pour des maladies jusqu'ici rebelles à tout traitement (Alzheimer…).

 

Nos conseils

 

Nous restons d'avis que les actions pharmaceutiques méritent toujours une place dans un portefeuille diversifié à long terme. La sélectivité est toutefois de rigueur.

 

· Les deux actions que nous conseillons actuellement à l'achat sont les groupes américains Pfizer et Eli Lilly. Ce n'est pas un hasard : comparé au marché européen, le marché des médicaments US affiche une dynamique supérieure sur le plan de la recherche. Les prix y sont aussi en moyenne plus élevés que sur les marchés européens, beaucoup plus réglementés.

 

–  Pfizer (33,95 USD) est numéro 1 mondial, mais sa taille ne paralyse pas sa recherche. Il possède un portefeuille de médicaments très étoffé, peu sensible à la menace générique En 2003, les résultats ont été conformes aux attentes. Pour 2004, le groupe a toute confiance et mise sur une croissance bénéficiaire par action de 20 % environ. L'action est correctement évaluée. Intéressant.

 

– Eli Lilly (68,63 USD) Après la perte de son célèbre Prozac qui l'a pénalisé en 2002, son pipeline de médicaments en développement redonne confiance aux investisseurs. Bons résultats 2003. Pour 2004, le groupe prévoit une forte croissance, notamment en Europe. Action correctement évaluée. Achetez.

 

· Les actions suivantes ne sont pas conseillées à l'achat pour le moment. Par contre, elles peuvent être conservées.

 

– GlaxoSmithKline (1 074 pence) a été pénalisé par l'échéance de certains brevets depuis plusieurs années. Ses résultats 2003 ont cependant été satisfaisants. Par ailleurs, l'arrivée de nouveaux médicaments à partir de 2006 laisse prévoir une nette amélioration bénéficiaire à partir de cette date. Même si l'action est bon marché, nous préférons attendre. Conservez.

 

– Novartis (54 CHF) a réalisé un bénéfice 2003 inférieur à nos attentes. Cependant, nous restons confiants sur les perspectives du groupe. Son pipeline est bon et il est faiblement menacé par les génériques. Conservez cette action correctement évaluée.

 

– UCB (29,20 EUR) est un groupe hybride (chimie/pharmacie) contrairement aux autres sociétés citées. Ses résultats 2003 ont été supérieurs à nos attentes. L'objectif d'une croissance de 10 % en 2004 nous semble accessible vu les économies de synergies résultant de l'intégration de Solutia dans sa division chimique. L'action est correctement évaluée, mais tant que les espoirs concernant son anti-épileptique Keppra ne seront pas concrétisés (et ne compenseront pas la perte du brevet Zyrtec), nous n'achetons pas.

 

·  Restez à l'écart des autres actions reprises dans notre sélection : Roche (175,75 CHF) trop chère pour un achat, AstraZeneca (2 600 pence) dont l'anticholestérol Crestor ne parvient pas à décoller, Aventis (63,55 EUR), opposé à Sanofi dans le cadre d'une fusion qui ne nous convainc pas et Merck (43,77 USD), actuellement en pleine restructuration .

 



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