Le belge UCB s’est recentré sur la bio-pharmacie au
travers de deux acquisitions. Un virage périlleux, qui n’avantage pas
l’actionnaire selon nous. L’action est en outre chère.
VENDRE.
Cours au moment de
l'analyse : 40,61 EUR
Le laboratoire de bio-pharmacie belge UCB s’est spécialisé dans
les maladies inflammatoires, parmi lesquelles les maladies auto-immunes
comme les allergies, la maladie de Crohn, la sclérose en plaques…, les
maladies du système nerveux central comme l’épilepsie, et
l’oncologie. Présent dans plus de quarante pays, le groupe a enregistré
en 2006 un chiffre d’affaires de quelque 3,5 milliards d’euros (chiffres pro
forma). 46 % du chiffre d’affaires sont réalisés aux Etats-Unis, pour
seulement 38 % en Europe.
Un important défi
Fin 2007, l’un des produits phare d’UCB, le célèbre
antihistaminique Zyrtec, ne sera plus protégé par un brevet aux
Etats-Unis. L’autre produit vedette, le Keppra (contre l’épilepsie),
verra quant à lui son brevet expirer en 2009 aux Etats-Unis et en 2010 en
Europe. A l’heure actuelle, ces deux médicaments comptent pour pas moins de
43 % du chiffre d’affaires du groupe. Avec la disparition de ces brevets,
le marché sera inondé de copies (meilleur marché) avec, à la clé, des chiffres
de vente en chute libre pour les Zyrtec et Keppra. Le lancement prochain de
l’antiallergique Xyzal aux Etats-Unis, en partenariat avec le français
Sanofi-Aventis (59,39 EUR ; conservez), et
d’une version améliorée du Keppra (le Keppra XR) ne suffiront pas à compenser
les pertes à attendre de l’annulation de ces brevets. Pour préparer ce trou
d’air dans son activité, UCB s’est renforcé depuis trois ans en bio-pharmacie
(médicaments basés sur la biotechnologie). En 2004, il a ainsi vendu son
activité chimique et racheté le laboratoire britannique Celltech. Et à la fin
2006, il a jeté son dévolu sur l’allemand Schwarz Pharma, dont il détient
actuellement 88 %. Ce faisant, UCB désirait renforcer son pipeline de
molécules en développement et, plus largement, ses capacités en Recherche &
Développement (R&D). C’est aujourd’hui chose faite avec treize molécules à
divers stades de développement clinique.
Quid de l’actionnaire
?
Mais cette transition se passe-t-elle pour le mieux pour
l’actionnaire ? Force est de constater que UCB n’est pas maladroit dans
l’intégration de ses acquisitions avec notamment, dès le premier semestre 2007,
les premiers effets perceptibles des synergies de coûts issues de la combinaison
avec Schwarz. Fort de cette belle performance, UCB a revu à la hausse ses
perspectives d’économies de synergies avec Schwarz à quelque 380 millions EUR
(contre une estimation initiale de 300 millions EUR). Mais ce beau dynamisme ne
doit pas nous faire perdre de vue qu’UCB a, selon nous, payé trop cher ses
acquisitions (une prime de 44 % par rapport au cours moyen de l’action sur
les douze mois précédant l’offre). Pour que cette acquisition s’avère rentable,
UCB va devoir impérativement concrétiser plusieurs projets en cours de
développement. Et c’est là que le bât blesse : le cours de l’action UCB anticipe
principalement d’hypothétiques succès commerciaux encore trop éloignés dans le
temps. Le groupe fixe d’ailleurs à 2010 le début d’une phase dite de
« croissance intense ». Déjà échaudé par une progression timide du
dividende ces dernières années (le dividende brut n’ayant gagné que 12,5 %
entre 2002 et 2006 pour un rendement net actuel de 1,7 %), l’investisseur a
de quoi être sceptique.
En outre, UCB figure parmi les derniers de classe
dans notre classement européen en matière de « gouvernement
d’entreprise » (voyez aussi la rubrique « dossiers »). Outre une information financière à certains
égards parcimonieuse, nous déplorons d’une part, l’existence d’une « pilule
empoisonnée » destinée à faire obstacle à toute tentative d’OPA hostile,
et, d’autre part, la faible présence d’administrateurs indépendants au sein du
conseil (moins de 50 %).
Le salut par
Cimzia ?
A court terme, tous les yeux se tournent déjà sur l’approbation
attendue aux Etats-Unis du Cimzia, un médicament contre la maladie de Crohn, issu
des laboratoires de Celltech. Nul n’a une boule de cristal, mais ce médicament,
dont le lancement a déjà été retardé, devra passer sous les fourches caudines de
la FDA (Food & Drug Administration) américaine, ce qui ne sera sans doute
pas une mince affaire. Le contexte général reste par ailleurs délicat. Non
seulement le bénéfice de cette année sera freiné par les efforts d’intégration
de Schwarz, mais le dollar faible et la concurrence croissante des médicaments
génériques ne constituent pas non plus des facteurs d’optimisme. Nos estimations
pour les prochaines années sont reprises ci-après :
|
|
2006 |
2007 |
2008 |
2009 |
|
BPA * |
1,95 |
1,80 |
1,85 |
2,00 |
|
Divid.** |
0,675 |
0,705 |
0,705 |
0,72 |
*Bénéfice par action, en euro et hors
éléments exceptionnels;
**
dividende net en euro
Conseil
L’actuelle phase de transition ne
facilite pas la visibilité des perspectives d’UCB. Selon nous, le cours s’appuie
sur des attentes irréalistes. Vendez cette action chère.