Faisons le point sur un dossier sensible pour le secteur auto en
Europe : les futures normes européennes en matière de pollution,
c'est-à-dire d’émission de CO2.
Quel serait l’impact sur le secteur si ces
normes étaient adoptées dès aujourd’hui ?
Projet de normes
européennes
Ces dernières années, l’Union européenne
tente de réduire la pollution émise par les automobiles circulant sur nos
routes. Fin 2007, elle a franchi un nouveau pas en proposant une limite pour le
rejet moyen de CO2 (dioxyde de carbone) par kilomètre parcouru : à partir
de 2012, pour les voitures qui sortiraient des usines, ce rejet moyen ne
pourrait plus dépasser 130 grammes (actuellement, la moyenne européenne se situe
aux alentours de 170 grammes).
Pour atteindre cette moyenne de
130 grammes, un objectif serait fixé pour chaque constructeur (et déterminé
en fonction du poids des véhicules). Tous constructeurs confondus, il varierait
entre un minimum de 122 grammes (chiffre imposé à Fiat) à un maximum de
144 grammes (imposé à Porsche).
Ces propositions en sont actuellement au
stade de projet et doivent être débattues au Parlement européen et au Conseil de
l’Europe. Au regard des emplois en jeux et du poids des lobbies, ces âpres
négociations pourraient durer. Et compte tenu des différences qui existent entre
les pays du nord, qui sont de gros émetteurs (essentiellement l’Allemagne) et
ceux du sud, qui émettent moins (France et Italie), la décision finale sera très
certainement le fruit d’un compromis.
Rejets et
efforts à fournir
Pour atteindre les normes 2012 proposées
par la Commission européenne, les constructeurs ont encore du pain sur la
planche. Le tableau ci-dessous détaille quelle est leur situation actuelle en
matière de rejet et chiffre l’effort qu’ils auraient à fournir pour se conformer aux normes en projet.
|
EMISSIONS DE CO2 (en
gr/km) |
|
Constructeurs |
En 2006 |
Objectif
2012 |
Effort à
fournir |
|
PSA |
142 |
126 |
-11% |
|
Fiat
|
144 |
122 |
-15 % |
|
Renault
|
147 |
127 |
-13,5 % |
|
Toyota
|
152 |
127 |
-16,5 % |
|
GM
(Opel…) |
157 |
129 |
-17,8 % |
|
Ford |
162 |
132 |
-18,6 % |
|
VW |
165 |
134 |
-19 % |
|
BMW |
182 |
137 |
-25 % |
|
Daimler |
184 |
138 |
-25 % |
|
Porsche
|
282 |
144 |
-49 % |
Les chiffres révèlent que le français Peugeot Citroën (PSA) est
celui qui émet le moins de CO2, avec 142 grammes en moyenne, devant Fiat (144)
et Renault (147). Il est ainsi celui qui devrait déployer le moins de moyens
pour atteindre les normes. En revanche, la tâche serait plus lourde pour BMW,
Daimler et Porsche, qui occupent le bas du tableau avec respectivement 182, 184
et 282 grammes.
Il s’avère donc que les constructeurs
spécialisés dans les plus petits modèles sont les plus proches des futures
normes européennes et que ceux qui sont essentiellement actifs sur le haut de
gamme (grosses berlines, 4X4, véhicules ultra-sportifs) sont aussi ceux qui
devront fournir le plus d’efforts.
Déjà
accompli
Depuis quelques années déjà, les constructeurs
automobiles sont attentifs à la baisse des rejets polluants. Ils se sont pour
cela essentiellement occupés de la réduction de la consommation de carburant des
véhicules, laquelle passe en grande partie par une réduction du poids des
voitures. Mais cette tâche s’est vue compliquée par le renforcement des normes
de sécurité et par le goût croissant des clients pour des véhicules tout-terrain
ou puissants.
Mieux encore, des constructeurs ont lancé des véhicules appelés
(un peu abusivement sans doute) «voitures vertes» : la Prius de Toyota
(électricité + essence), la berline de BMW à l’hydrogène liquide. Toujours
marginales dans les catalogues et les show-rooms, ces voitures n’ont jusqu’ici
pas de grande influence sur le niveau moyen des rejets. Et si chacun cherche à
s’inscrire dans ce créneau, aucune technique révolutionnaire ne s’impose
jusqu’ici.
Coûte que coûte
Les constructeurs n’auront pas le choix : ils
devront s’adapter aux normes, sous peine de lourdes sanctions. Et l’effort
financier qu’ils devront consentir ne sera pas futil : selon les premiers
chiffres avancés par les constructeurs, le coût supplémentaire par véhicule
oscillera entre 500 et 1000 euros. Pour réduire son impact sur la marge
bénéficiaire, il sera étalé dans le temps. Mais la pilule sera malgré tout dure
à avaler. Un constructeur généraliste, comme Renault, PSA ou Fiat, gagne en
effet, selon nos calculs, entre 300 et 700 euros par véhicule (avant taxes et
frais financiers); les modèles qu’il propose sont dans des prix qui sont
raisonnables et doivent le rester, de sorte que la totalité de la hausse des
coûts ne pourra être répercutée sur le prix de vente (même si l’automobiliste
récupérera par la suite en économies de carburant). Au contraire, les acteurs du
haut de gamme comme Audi, BMW et Mercedes, qui disposent d’un net pricing power pourront plus facilement relever
leurs prix et absorber une partie des coûts.
2008 : pas une grande année
Le secteur connaît
un début 2008 difficile : signe de la nervosité ambiante, une mauvaise
nouvelle chez un constructeur contamine vite l’ensemble du secteur; tant
en Europe qu’aux USA, les perspectives économiques ne sont pas bonnes, le coût
du pétrole n’arrange pas les choses et les espoirs de consommation sont moroses.
Nous tablons pour
2008 sur une stabilité du marché en Europe et sur une baisse de 2 à 3 % aux
USA.
Adapter sa
stratégie
L’évolution vers le respect des normes passera
selon nous aussi par une adaptation de la stratégie des constructeurs.
· Faire évoluer la gamme
Les constructeurs de voitures
de luxe, qui devront faire le plus d’efforts, risquent bien, selon nous,
d’augmenter sensiblement leurs investissements dans les voitures plus «petites»
et donc moins polluantes. BMW pourra ainsi développer deux petits modèles dont
il dispose déjà : la S1 et la Mini. Daimler pourrait œuvrer dans ce sens en
prévoyant des modèles plus petits chez Mercedes et/ou en relançant et en
élargissant la gamme de Smart (qui connaît un nouveau succès). Et Audi lancera
en 2009 sa très attendue A1. Certes, la stratégie n’est pas sans risque, car la
marge bénéficiaire est plus faible sur les petits modèles que sur les gros et
parce qu’un tel changement présente toujours un danger de «dérapage», comme ce
fut le cas ces dernières années avec la Smart ainsi qu’avec Rover (acheté puis
revendu par BMW).
Autre axe de développement : le segment, jusqu’ici
peu dynamique, des minis voitures (Fiat 500, Citroën C1, Peugeot 107,
Toyota Aygo… ). Voitures pratiques en ville, leur essor pourrait en outre être
favorisé par des mesures d’incitation (certains gouvernements encouragent déjà
l’achat des voitures les moins polluantes).
· Nouvelles restructurations
Acculés à faire baisser le
prix de revient de leurs nouvelles productions, les constructeurs vont encore
très certainement poursuivre leurs rationalisations, notamment par des
suppressions d’emplois (ce sera le cas en 2008 chez PSA et BMW) et d’autres
mesures de réduction des coûts.
· Aller voir
ailleurs
L’expansion en dehors de l’Union européenne sera aussi à l’ordre
du jour (mouvement rendu de toute façon nécessaire par la saturation du marché
européen). Renault a déjà donné le ton avec sa Logan, assemblée en Roumanie, et
qui est un succès sur les marchés émergents. Peugeot va augmenter ses capacités
de production en Argentine et au Brésil, Volkswagen a ouvert sa première usine
en Russie et projette d’en implanter une en Inde, et BMW et Mercedes se
tourneront d’avantage vers les USA et l’Asie où les normes sont moins
contraignantes.
· Alliances
Des alliances de plus grande
ampleur pourraient aussi voir le jour, pour partager le poids croissant des
dépenses de recherche (sur un marché européen dont on n’attend pas de très forte
hausse…). Des fusions entre constructeurs pourraient enfin survenir (mais pas
tout de suite), pour atteindre une taille critique.
Impact : divers
niveaux
Un chose est indéniable : pour tout le secteur,
les normes européennes en matière de CO2 alourdiront les coûts et aggraveront
une situation déjà compliquée par la guerre des prix, le coût élevé des
matières premières, l’infidélité croissante de la clientèle… Et même si la
directive définitive pourrait être moins stricte et/ou reportée de 2 ou 3 ans,
il reste évident qu’on chemine vers une plus grande sévérité : à l’horizon
2020, l’Europe envisage de réduire le rejet moyen à 100 grammes. Une perspective
qui pèse sur les prévisions de résultat à long terme des constructeurs (et dont
nos prévisions tiennent compte).
Dans l’attente, en admettant que le projet
actuel soit adopté tel quel, l’impact serait différent pour les divers classes
de constructeurs.
· Pour les acteurs du haut de gamme (BMW, Daimler et,
dans une moindre mesure, VW via sa filiale Audi), ces mesures ne seraient pas
favorables, compte tenu des efforts technologiques à fournir en peu de temps
(nouvelles motorisations à développer). Pas de quoi toutefois les plonger dans
la crise, compte tenu de leurs atouts : pricing power, liquidités
disponibles pour les investissements, capacité à développer la gamme…
· Les constructeurs
généralistes (PSA, Renault, Fiat) seront moins affectés, dans la mesure où
l’achat de voitures moins polluantes sera financièrement encouragé. Mais le coût
financier qu’ils devront supporter ne sera néanmoins pas négligeable.
· Pour les plus petits
constructeurs tels que Mitsubishi, Saab (groupe General Motors), Volvo (groupe
Ford), Chrysler… qui vendent peu de voitures en Europe, la situation sera plus
difficile car ils devront se soumettre aux normes européennes et peineront à
amortir les lourds investissements nécessaires. Certains pourraient quitter le marché européen.
A l’heure des
choix
Dans l’immédiat, le recul du secteur a été insuffisant
pour que les cours retrouvent des niveaux dignes d’achat.
· Seule l’action
Renault (77,16 EUR), bon
marché, nous semble actuellement intéressante, compte tenu de ses objectifs de
rentabilité, nourris par un ambitieux programme de nouveaux modèles.
· Les actions
BMW (37,80 EUR), Daimler (53,28 EUR) et
Peugeot (47,54 EUR) sont
correctement évaluées. Vous pouvez les conserver.
· Les actions
Volkswagen (91,60 EUR pour l’action VZ) et Fiat
(16,15 EUR) sont chères : vendez-les.
Les pneus entrent
aussi en ligne de compte pour le respect des normes. Ainsi, Michelin
développe des pneus à faible résistance au roulement, qui réduisent la
consommation. Une spécificité qui pourrait faire de lui un acteur relativement
favorisé par les normes. Mais dans l’immédiat, il souffrira de la morosité
attendue du marché auto en Europe. Et bien qu’ayant récemment chuté, son action
reste chère (59,82 EUR) vendez. Le groupe Pirelli investit aussi dans les
pneus «verts». Son action (0,68 EUR) est à
conserver.