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Volkswagen Vorzug
Sous la loupe : VW (17 mars 2008)

Le constructeur automobile allemand se renforce dans les poids lourds.

Par ailleurs, son compatriote Porsche, après son OPA de mars 2007 à un prix bradé, peut à présent augmenter sa participation dans son capital. D’autres développements pourraient suivre. L’actionnaire s’y retrouvera-t-il ? Le doute est permis. Nous ne relevons pas substantiellement nos prévisions.
L’action reste chère.
VENDEZ.

Cours au moment de l'analyse : 93,93 EUR

Premier constructeur automobile européen, producteur des marques VW, Audi, Seat, Skoda, Bentley, Bugatti et Lamborghini, Volkswagen est aussi actif dans les camions (8,5 % du chiffre d’affaires) et est en outre étroitement lié à son compatriote Porsche, qui détient déjà 31 % de son capital, vise une prise de contrôle et dont le premier actionnaire n’est autre que le président de son conseil d’administration. En outre, 20 % de son capital sont aux mains de pouvoirs publics (Land de Basse-Saxe).

Résultat 2007 excellent…
En 2007, le bénéfice opérationnel a bondi de 40 %, grâce à la maîtrise des coûts de production, au recul des coûts liés aux garanties (grâce à une production de meilleure qualité), et grâce à la hausse des volumes vendus (+8 %), avec notamment le beau dynamisme de la marque Audi. Le quatrième trimestre ayant été plus vaillant que prévu, le bénéfice par action 2007 a dépassé nos attentes, à 10,40 EUR.
Autre bon point, la part du chiffre d’affaires consacrée aux investissements, trop élevée jusqu’ici, compte tenu du niveau des ventes, a encore reculé et se rapproche de la moyenne du secteur, sans altérer la capacité de développement. Une évolution qui a permis une hausse de la trésorerie : fin 2007, elles se chiffrait pour l’activité auto à 13,5 milliards d’euros (contre 7,1 milliards en 2006).

… mais peu partagé
Malgré ce bon résultat, le dividende n’est que de 1,86 EUR brut. C’est certes une hausse de 44 %, mais cela ne représente que 18 % du bénéfice, alors que le concurrent Daimler offre 55 % et le français Renault 37 %.

EVOLUTION DE LA TRESORERIE DE L’ACTIVITE AUTO

La trésorerie (en millions de USD) a évolué de manière spectaculaire ces dernières années.

Poids lourds plus lourds…
A défaut de gratifier ses actionnaires, Volkswagen injectera 2,9 milliards d’euros dans le spécialiste suédois des poids lourds Scania (lequel a aussi, des liens avec son confrère allemand MAN, dont VW détient en outre 30 %; voir schéma). VW fera ainsi passer sa participation dans le capital de Scania de 21 à 38 % et ses droits de vote de 36 à 68,6 %.
Jusqu’ici, l’activité de VW dans les poids lourds est restée assez concentrée sur l’Amérique du Sud, elle était trop petite (chiffre d’affaires de 9 milliards d’euros) et trop peu rentable (marge opérationnelle de 3 % contre 5,6% pour l’ensemble du groupe). Plutôt que de céder cette activité, VW y investit donc, pour pouvoir rivaliser avec Daimler et Volvo.

VW / SCANIA / MAN : PARTICIPATIONS, DROITS DE VOTE

Les liens entre les trois acteurs pourraient encore évoluer.

…mais peu lucratifs
La hausse du bénéfice par action 2009 due à la montée dans le capital de Scania devrait, selon nous, se limiter à 2 % (après impôts). Car si le marché des poids lourds pourrait se reprendre aux USA (en 2007, il y a souffert du fait que les achats de camions avaient été anticipés en 2006, avant l’application d’une loi anti-pollution), cette reprise sera limitée par le ralentissement économique ambiant. De plus, VW paie sa participation assez cher (sommet du cycle) et le rapprochement avec Scania offre assez peu de synergies (Scania est actif dans le haut de gamme et VW dans le moyen de gamme et les camionnettes). Des accords de coopération ciblés auraient apporté autant, sans pénaliser le dividende.

Futur leader ?
Par la suite, VW va-t-il simplifier sa structure, rapprocher Scania de MAN et donner naissance au nouveau n°1 mondial du secteur ? Si oui, vu que Scania et MAN sont déjà très rentables, et vu par ailleurs la faible taille de VW dans les poids lourds, toute hausse des profits ne pourra venir que des efforts de recherche (moteurs moins polluants), amortis sur de plus grands volumes, d’économies sur le regroupement des achats ou du réaiguillage des ventes vers les zones en forte croissance (Asie, Amérique du Sud).

Et Porsche ?
Porsche entretient des accords avec Volkswagen, pour le développement de certaines nouveautés (tout-terrain…). Pour cette raison, il cherche à éviter que son allié ne soit racheté par un tiers (concurrent, fonds spéculatif), qui pourrait ensuite revendre certaines activités. Il veut dès lors porter sa participation dans le capital de 31 à 51 %. Mais surtout, il veut, selon nous, créer un «empire automobile», allant de la petite voiture au très haut de gamme, en passant par les poids lourds, les utilitaires et les bus. Une course à la taille qui risque bien d’être néfaste à l’actionnaire minoritaire si elle ne s’accompagne pas de stricts contrôles des coûts. Pour asseoir son contrôle, Porsche pourrait même monter jusqu’à 75 %, mais ce projet se heurterait alors au Land de Basse Saxe, actionnaire à 20 % et soucieux de protéger les emplois de ses citoyens.

Stratégie : produire plus…
Depuis 18 mois, le groupe profite de l’effet de ses réductions de coûts et réoriente à nouveau sa stratégie sur les volumes vendus (sans se différencier dès lors de la plupart des concurrents). A l’horizon 2010, il vise une production de 8 millions de véhicules (contre 6 millions en 2007). On lui prête même l’ambition de vouloir atteindre 10 millions de véhicules vers 2018 et dépasser ainsi Toyota (qui a déjà atteint 8 millions de véhicules en 2006/07). Pour y parvenir, Volkswagen table sur son essor dans les zones en forte croissance (Asie, Amérique du Sud, Europe de l’Est). En 2007, ses ventes en Amérique du Sud et en Asie (Chine comprise) ont représenté 29 % du chiffre d’affaires (contre 24 % en 2006); les ventes en Chine ont progressé de 28 % et celles en Amérique du Sud de 24 %. Il a déjà ouvert une usine en Russie, à destination du marché local. Il ouvrira aussi une seconde usine aux USA, pour augmenter ses capacités de production sur ce marché et pour modérer l’impact sur ses résultats des variations du taux de change euro/dollar. Pour mener à bien une telle stratégie, il devra lancer de nouveaux modèles. Ainsi, la très rentable gamme Audi, qui compte 25 modèles différents, devrait en dénombrer 40 d’ici 2012 et rivaliser de manière frontale avec BMW. Les nouveaux modèles permettront de rajeunir la gamme, âgée en moyenne d’environ 3 ans et demi, et d’améliorer les ventes. Dans cette optique, nous attendons beaucoup de la nouvelle Golf VI qui sera lancée fin d’année. Il faudra aussi poursuivre les baisses de coûts pour rendre les véhicules plus compétitifs.

… mais produire rentable
Même si toutes les ambitions n’ont pas été précisées, l’accent mis sur les volumes ne devrait pas, à terme, se faire au détriment de la rentabilité. Car la direction de Porsche laisse entendre qu’elle ne se satisfaisait pas de la rentabilité globale actuelle de Volkswagen. Contrairement à ce qui prévaut jusqu’à maintenant, c’est chaque usine considérée individuellement qui devra dégager des bénéfices, en augmentant par exemple sa production, pour rentabiliser l’outil au maximum.
En outre, les usines allemandes pourraient faire l’objet de nouvelles restructurations. Mais cela ne se fera pas aisément, compte tenu de l’évolution de la législation sociale allemande qui prévoit d’impliquer les syndicats dans les décisions «stratégiques».

Plus proche de Porsche ?
Dans un avenir proche, nous tablons sur d'autres alliances entre Porsche et Volkswagen, notamment avec Audi, pour la production de certains modèles très haut de gamme. Entre les deux entreprises néanmoins, les synergies possibles sont faibles : Porsche ne produit que 100 000 voitures par an et son chiffre d’affaires se limite à 3,5 milliards d’euros, contre 6,2 millions de véhicules chez Volkswagen et 109 milliards de chiffre d’affaires. Un rapprochement plus étroit que de simples accords ponctuels ne nous semble donc pas nécessaire.

COURS DE PORSCHE (en EUR)

A ce niveau de cours, l’action Porsche peut aussi être considérée comme chère.

Pas convaincus
Montée de Porsche dans le capital de Volkswagen, montée de Volkswagen dans le capital de Scania, possible opération sur MAN… le profil de Volkswagen évolue.
Mais ces opérations rencontrent-elles l’intérêt des actionnaires ?
Nous n’en sommes pas convaincus, pour plusieurs raisons.
· D’abord, Porsche, assoiffé de pouvoir et soucieux surtout de créer un « empire », est coutumier d’une politique de dividende peu généreuse : sur les deux derniers exercices, il n’a redistribué que 8 ou 9 % de son bénéfice (hors éléments non récurrents). Cette politique pourrait bien déteindre sur celle de Volkswagen, maintenant que Porsche en aura le contrôle. Nous tablons dès lors sur une distribution qui risque bien de plafonner à un niveau similaire à celui du dernier dividende, soit 18 % pour l’exercice 2008 (2,06 EUR brut) et aussi 18 % pour l’exercice 2009 (2,26 EUR brut).
· Le risque existe de voir les liquidités non redistribuées utilisées dans des investissements coûteux (la montée dans le capital de Scania, au prix fort, est déjà un exemple inquiétant).
· Nous ne réduisons pas le niveau de risque de l’action (qui reste à 3), et ce malgré la prise de contrôle de Scania au détriment des actionnaires minoritaires, de l'incertitude concernant d’autres développements possibles et de la calamiteuse notation de Porsche dans notre classement de la gouvernance des entreprises en Europe.
· Si Porsche lance une nouvelle restructuration de Volkswagen, elle ne nous semble pas gagnée d’avance. Et quand bien même elle produirait des effets, ils sont selon nous en grande partie inclus dans le cours actuel.
· Nous nous montrons donc prudents dans nos estimations et prévoyons un bénéfice par action de 11,20 EUR en 2008 et de 12,60 EUR en 2009.

En dépit de son recul ces derniers mois, l’action Volkswagen VZ est chère. Nous vous conseillons de la vendre.
Pour un investissement dans le secteur, nous conseillons Renault (63,60 EUR) et BMW (32,14 EUR).



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