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Le secteur bancaire sous la loupe (21 avr 2008)
L’été dernier,
le secteur bancaire américain entrait en état de crise. En cause, les fameux
subprimes, des crédits hypothécaires accordés à des ménages à faibles revenus.
Suite à la hausse des taux, bon nombre de ménages n’ont plus pu rembourser, les
banques qui les avaient accordés se sont trouvées en difficultés et un effet
boule de neige a contaminé l’ensemble du secteur. Après plusieurs mois, où en
sont les choses ? Comment savoir sur quel pied danser ?
Dégradation Une
institution financière a beau devoir faire preuve de manière primordiale d’une
prudence constante, la crise démontre que chez certaines, la gestion à ce niveau
a été catastrophique. Des risques inconsidérés ont été pris ou bien le niveau de
risque de certains instruments financiers utilisés était gravement méconnu. De
la sorte, au fil des mois, la crise subprimes s’est muée en crise profonde. Les
structures financières des banquiers et bancassureurs sont mises à rude épreuve
et, compte tenu des règles prudentielles, il faut maintenant prendre des mesures
de renforcement ou envisager des modifications stratégiques. Mais nombre
d’acteurs se montrant peu transparents, il n’est pas toujours possible de savoir
à quel point ils sont réellement exposés aux subprimes et aux autres actifs sur
lesquels la crise s’est répercutée, par un effet domino. Dans un tel contexte,
la crise risque bien de perdurer plusieurs mois encore.
Les victimes
· Les plus affectées sont les banques américaines qui
ont accordé ces crédits à risque, mais aussi des groupes les plus actifs en
banque d’investissement : particulièrement UBS, CS Groupe et Société
Générale, mais aussi, dans une mesure un peu moindre Deutsche Bank et Crédit
Agricole. · Mais
globalement, tout le monde est touché. Car suite au défaut de remboursement des
subprimes, à la dépréciation d’actifs liés à la crise boursière qui a suivi, à
la faillite de spécialistes du crédit immobilier américains ou encore à la
dégradation du rating de rehausseurs de crédit américains,
les groupes bancaires doivent inscrire de lourdes provisions. Et le phénomène fait
boule de neige : des activités de banque d’investissement ralentissent ou
sont suspendues et des clients perdent confiance. Les revenus diminuent et le
résultat souffre. Certaines banques (dont UBS) ont accusé au 4e trimestre 2007
une perte si lourde qu’elle a entraîné le résultat de toute l’année dans le
rouge; et elles risquent de connaître le même sort au 1er trimestre 2008 et même
les suivants. D’autres sont au bord de la faillite (IKB, Northern Rock). Mais
d’autres encore s’en tirent mieux (BNP Paribas, Nordea, KBC, Dexia), grâce à une
moins forte présence en banque d’investissement, à la diversité des activités
et/ou à une meilleure gestion du risque.
La boule de
neige roule encore · Aux USA, les contrats de prêts font pour l’heure
toujours l’objet de révisions de taux et les défauts de remboursements
continuent. Ils devraient atteindre leur summum au second semestre. Echaudées,
les banques ne prêtent plus aux ménages endettés et prêtent de moins en moins
aux autres. Et les entreprises craignent de souffrir aussi de cette extrême
prudence, ce qui risque d’accentuer la récession. · L’Europe ne devrait pas
tomber en récession, mais sa croissance s’affaiblira. Et dans certains pays
(Royaume-Uni, Irlande, Portugal, Espagne, Grèce), on craint une bulle
immobilière et l'endettement des ménages est lourd. Une croissance économique
trop faible et/ou l’éclatement d'une bulle ferait augmenter les défauts de
remboursements et donc les provisions des banques. · Quant aux interventions
des banques centrales (injection d’argent dans le système interbancaire, baisse
des taux directeurs), elles n'ont pas encore suffi à rétablir la
confiance. Ce n’est que d’ici quelques trimestres que nous saurons vraiment
si le plus dur est passé. En attendant les perspectives restent précaires pour
les institutions particulièrement concernées.
La
riposte · Réagir Nombre
d’institutions sont contraintes à des mesures drastiques en banque
d’investissement. - Réduction de
voilure : les grandes banques américaines, UBS et Deutsche Bank ont vendu des
actifs. -
Restructuration : Deutsche Bank
supprimera 300 emplois à New York, UBS en avait déjà supprimé 1 500 fin
2007, Bank of America en sacrifie 3 000; le but est de réinvestir les
économies dans des activités plus rentables : gestion de fortune (UBS, CS
Groupe), banque de détail (Deutsche Bank) ou services spécialisés (Société
Générale, Crédit Agricole). · Activisme Des fonds
d’investissement, actionnaires des banques, en veulent plus. S’ils parviennent à
tirer de gros actionnaires derrière eux, ils pourraient exiger l’arrêt ou la
cession (totale ou partielle) de la banque d’investissement (Deutsche Bank), un
recentrage sur la banque de détail à l’étranger (HSBC) ou sur la gestion de
fortune (UBS). Des démarches qui seraient bénéfiques à ces banques, selon
nous. · Direction remaniée ?
Face à de telles
déconfitures, les dirigeants n’ont-ils pas une responsabilité ? Sans doute.
Mais si certaines banques américaines et UBS ont décidé de limoger le directeur
général, d’autres l’ont maintenu malgré les pertes ou ont relevé sa
rémunération, comme Fortis, alors que le groupe s’est engagé dans le rachat
d’activités d’ABN Amro à un moment ou le risque accru du secteur se manifestait déjà.
Mesures
d’urgence Pour satisfaire aux exigences de solvabilité
imposées au secteur, des opérations «forcées» ont dû voir le jour. · Des
fonds souverains ou des institutions asiatiques ont injecté des capitaux dans
une série de banques (pour ±32 milliards d’euros depuis juillet : 8,4 milliards
dans UBS; 14 dans Citigroup; 9,8 dans Barclays; 1,8 dans Fortis; 3,2 dans Morgan
Stanley; 3,8 dans Merrill Lynch). Pour réaliser cela rapidement, il a fallu le
faire sur base de valorisations bradées (et l’actionnaire a vu sa participation
diluée, vu que bénéfices et actifs sont répartis sur un plus grand nombre
d’actions). ·
Des augmentations de capital ouvertes à tous ont été lancées : Société Générale
a levé 5,5 milliards, UBS va en lever 9,4 et Royal Bank of Scotland (RBS) de
12,5 à 15,5. ·
Des obligations ont été émises pour renforcer les finances
sans diluer le bénéfice par action (Société Générale a emprunté 2,5 milliards;
Citigroup 4,8; CS Groupe 3,05; Crédit Agricole 1,5; BNP Paribas 6 milliards;
Crédit Agricole et Santander préparent une nouvelle émission). Ici aussi, de
piètres conditions ont été acceptées : Société Générale, CS Groupe, Crédit
Agricole et Citigroup ont accepté de payer des taux élevés, sur de courtes
durées (2 ans); BNP Paribas, en meilleure posture, a bénéficié de meilleures
conditions. · Des actifs ont
été cédés (50 % de la gestion d'actifs de Fortis au chinois Ping An). Le
dividende en cash a été réduit (banques américaines) ou remplacé par un
dividende en actions (UBS). Si la situation s'aggrave encore, ces mesures
risquent de ne pas suffire, surtout chez les plus touchés : UBS, CS Groupe,
Fortis, RBS et les américaines.
Chiffres
effrayants · Début avril, le montant total de provisions et
pertes enregistrées dans le secteur suite à la crise était évalué à 200
milliards d’euros et on pourrait assister (surtout en 2008) à de nouvelles
provisions et pertes pour encore 200 milliards. Certaines banques ont déjà
prévenu que les montants seraient plus élevés qu'au 4e trimestre 2007 (UBS, CS
Groupe, Deutsche Bank). Et la crise fait ricochet sur les assureurs, les fonds
de pensions, les hedge funds et tout intervenant sur les marchés. · Le coût total pourrait
atteindre 600 milliards d’euros, selon le FMI, compte tenu de l’effet domino,
1000 milliards ou davantage selon d’autres méthodologies. Impossible d’être
précis, mais ce qui est sûr c’est que les chiffres ont explosé en peu de temps.
Prévisions
affectées En 2008, le résultat des institutions sera très
affecté, voire négatif (la perte d’UBS devrait être pire qu'en 2007). Et même si
nous avions anticipé ce scénario en janvier, nous avons encore alourdi nos
prévisions de recul. En 2009, les banques d'investissement devraient encore
tourner au ralenti et dégager des profits moindres que ceux des périodes fastes
(2003 à mi 2007), mais la situation devrait commencer à se rétablir et les
provisions se réduire. Nous tablons sur une hausse des résultats face à 2008,
qui évoluera certainement vers une explosion, d’autant plus sensible en 2010,
grâce aux reprises de provisions,
lorsque les actifs dépréciés retrouveront une certaine liquidité. Quant aux
dividendes, globalement, nous maintenons pour l’instant nos prévisions
(stabilité en 2008, légère hausse en 2009).
Leçons et
conséquences Pour éviter à l’avenir de tels déboires, le
secteur se dirige inévitablement vers plus de contrôle et vers un règlement plus
strict de la prise de risque. On peut le comprendre. Mais dans la finance, ces
dernières années, c’est souvent le risque qui a permis de fulgurants résultats.
Donc, plus de contrôle risque de déboucher sur une croissance plus modeste des
profits.
Quand la boule de neige va-t-elle s’arrêter ?
Impossible de le dire : les banques sont peu loquaces, les estimations de
l’ampleur de la crise varient quasi du simple au double selon les sources et
l’effet domino empêche de circonscrire de manière définitive les dégâts
potentiels. Et comment appréhender l’avenir des dividendes, déjà sacrifiés dans
plusieurs cas ? Pour nos estimations de bénéfices et de dividendes, nous
nous basons sur un scénario assez pessimiste. Nos évaluations et conseil d’achat
prennent donc bien en compte une détérioration de la situation au second
semestre plus ou moins importante selon le cas.
Pour
l’investisseur · Suite aux baisses de cours, le rendement moyen sur
dividende est passé à 6 % brut (et même à 8 à 9 % pour les
britanniques). · Nous avons relevé notre indicateur de risque pour
les établissements actifs en banque d’investissement tels que UBS, CS Groupe,
Deutsche Bank et Société Générale. KBC et Nordea gardent quant à eux le même
niveau de sécurité (voir
tableau). · Les titres qui ont
perdu le moins de plumes sont devenus correctement évalués (KBC, Commerzbank) et
UBS, où la situation est préoccupante, est devenu cher. Mais globalement, le
secteur reste bon marché. Nos favorites à l’achat sont BNP Paribas, Nordea,
Dexia et HSBC.
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Banque |
(1) |
(2) |
(3) |
Conseil et risque
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Commentaire |
|
BNP Paribas |
++ |
+ |
++ |
Acheter 3 |
gestion prudente du
risque; activités diversifiées
|
|
Deutsche
Bank |
+ |
++ |
- |
Acheter 3 |
la banque
d’investissement se porte mieux que chez les concurrents
|
|
Dexia |
++ |
+ |
+ |
Acheter 3 |
filiale US bien
positionnée; stratégie atypique (financement public)
|
|
HSBC |
++ |
++ |
+ |
Acheter 2 |
a anticipé la crise; bien
diversifié; présence historique en Asie
|
|
Nordea |
++ |
+ |
-- |
Acheter 2 |
gestion prudente du
risque; 75 % du profit en banque de détail
|
|
RBS |
++ |
++ |
+ |
Acheter 4 |
risque mal géré;
augmentation de capital prévue, cession d’actifs
|
|
UBS |
- |
++ |
++ |
Vendre 4 |
risque très mal géré;
fortes augmentations de capital
|
(1) banque de détail (2) banque
d’investissement; (3) gestion d’actifs ou de fortune ++ : très
présent ; + : présent ; - : peu présent ; -- :
très peu présent
SECTEUR BANCAIRE
MONDIAL



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Rendement immédiat
Le rendement immédiat d’une
action est le gain obtenu par le dividende. Il s’oppose au return qui tient
compte du dividende et de la plus-value.
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Goodwill
Quand une société fait
l'acquisition d'une autre société, il arrive qu'elle paie pour cet achat un prix
plus élevé que la valeur comptable, justifié par l'image de marque, le
portefeuille clients, le potentiel de croissance… Ce supplément, c'est le
goodwill.
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