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Colruyt
Colruyt (30 juin 2008)

Une fois encore, Colruyt a publié d’excellents résultats. Et pour ces prochaines années, il conserve du potentiel de croissance sur notre territoire national. Reste à voir s’il pourra soutenir le même rythme à plus long terme.
Selon nous, les bonnes prévisions sont largement comprises dans le cours et l’action est chère.
VENDEZ.

Cours au moment de l'analyse : 164,04 EUR

Un peu d’histoire
En 1925, Franz Colruyt se lance dans le commerce en gros de denrées coloniales. En 1965, le premier magasin “discount” ouvre ses portes à Bruxelles. En 1972, le réseau Dats24 est créé (chaîne de pompes à essence automatisées, en libre service). En 1977, le groupe entre en Bourse. Colruyt joue en outre les précurseurs en matière d’informatisation (cartes perforées et ordinateurs à la caisse) et est en 1987 le premier groupe de distribution en Belgique à introduire le full scanning (usage des codes barres). Au sein de son organisation, très tôt, une filiale informatique voit le jour (Dolmen), partiellement introduite en Bourse en 1999. En 1994, le groupe s’élargit, avec cinq magasins Droomland / Dreamworld, devenus Dreamland, et spécialisés dans les articles non alimentaires et saisonniers. En 1996, le premier pas d’une expansion en dehors de nos frontières est franchi (reprise du groupe de distribution français Ripotot). En 1998, Colruyt lance les magasins de proximité Okay et le service de livraison à domicile Collivery. A partir de 2000, le canal de la vente par internet est abordé, avec Collect&Go. En 2001, c’est l’ouverture du premier vrai supermarché bio de la chaîne BioPlanet ainsi que du premier DreamBaby (articles pour bébés). Avec deux acquisitions en France, le groupe se lance aussi dans le “foodservice”, c.à.d. la vente de denrées alimentaires à des collectivités (écoles, hôpitaux, entreprises…), une activité qui prend constamment de l’ampleur par diverses petites acquisitions et qui s’étend à présent un peu partout en France. En 2003, Colruyt reprend en Belgique la formule Spar, il fournit les supermarchés indépendants de Alvo et lance dream, une nouvelle formule de vente d’articles cadeaux. En 2006, il met un pied sur le marché néerlandais avec un premier magasin BioPlanet (entre-temps fermé). Et enfin, en 2008, il ouvre son premier magasin Colruyt au Luxembourg.

Activités
Colruyt occupe en Belgique une part de marché de 21 % (ou de plus de 23,5 % si on inclut les magasins Spar) et se hisse ainsi sur le podium des trois plus grands distributeurs alimentaires belges (avec Carrefour et Delhaize). Ses activités sont réparties en trois divisions :
Commerce de détail : activité la plus importante; 77 % du chiffre d’affaires et presque 92 % du bénéfice opérationnel. La division englobe en Belgique 209 magasins Colruyt, 51 magasins de proximité Okay, 4 magasins BioPlanet, 25 DreamLand, 5 DreamBaby et 4 dream, ainsi que les services ColliShop et Collect&Go et ses 45 magasins propres en France
(Colruyt et Coccinelle).
Commerce en gros et foodservice : environ 17 % du chiffre d’affaires et 4 % du bénéfice opérationnel. La division englobe en Belgique 260 magasins Spar en 34 EuroSpar (tenus par des franchisés), les livraisons aux Alvo et le service Collivery. En France, le groupe fournit environ 900 magasins indépendants et 16 cash & carry Codicash. Il fournit enfin via Pro à Pro Distribution de l’alimentation sèche pour la restauration sociale et commerciale (foodservice).
– Le reste des activités (environ 6 % du chiffre d’affaires et 2 % du bénéfice opérationnel) concerne principalement les pompes à essence automatisées en libre service Dats24 (70 en Belgique et 20 en France) mais aussi sa propre imprimerie et des activités d’engineering.

Stratégie fructueuse
Le leitmotiv de Colruyt c’est : «prix les plus bas pour les produits de marque». La stratégie est suivie depuis des années et s’avère non seulement fructueuse (toujours plus de clients, et de clients fidèles), mais aussi rentable. Dans le secteur belge de la distribution, c’est sans conteste Colruyt qui dégage les meilleures marges bénéficiaires. Et au niveau international, il est aussi dans le haut du classement. Pour parvenir à ce résultat, les coûts sont étroitement surveillés. L’accent est mis sur l’informatisation et l’automatisation et toutes les économies sont bonnes à prendre. Les magasins sont par exemple très sobres et agencés de manière fonctionnelle. En matière de logistique interne, la plus grande efficience est visée. Pour être moins dépendant du prix de l’énergie (en hausse), le groupe a construit ses propres éoliennes et utilise des panneaux solaires. En cas de projet d’acquisition, tout est pesé au plus précis et le groupe n’hésite pas à renoncer si le prix s’avère trop élevé.

Excellents résultats 2007-08
Sur l’exercice 2007-2008, clôturé le 31 mars dernier, le chiffre d’affaires a gagné 8,9 % et le bénéfice a grimpé de 9,7 %. Grâce aux rachats d’actions propres, le bénéfice par action s’est même apprécié de 11,7 %, pour atteindre 8,87 EUR. Et le dividende augmente de 13,6 %, à 2,76 EUR net. Colruyt a ainsi dépassé ses propres attentes (toujours très prudentes) et celles du marché (plus optimistes). Grâce à sa réputation bien ancrée de prix peu élevés pour les produits de marque, en ces temps difficiles pour le pouvoir d’achat et l’inflation, il parvient encore à ravir des parts de marché à ses concurrents (ce sont surtout les magasins de proximité Okay qui ont connu une croissance impressionnante). Il continue aussi à réduire ses coûts (sa propre production d’électricité éolienne et solaire lui a permis de ne pas subir de hausse de sa facture énergétique).

Perspectives bonnes…
Pour assurer la croissance des prochaines années, le groupe élargit sensiblement son réseau de points de vente et la surface moyenne des magasins. A terme, il vise un total de 240 enseignes Colruyt en Belgique, 100 à 120 magasins Okay (8 à 10 ouvertures par an), 15 à 20 supermarchés BioPlanet (2 ouvertures en 2008-09), 30 à 35 magasins Dreamland, 10 magasins DreamBaby, 50 enseignes dream et 85 pompes à essence (5 nouvelles stations par an). En France,
Colruyt table sur l’ouverture de magasins propres et franchisés. Au Luxembourg, sa première récente ouverture a été un succès. Aux Pays-Bas, en revanche, l’unique magasin BioPlanet a été fermé et le groupe renonce provisoirement à ses projets (difficultés pour acquérir des terrains et obtenir des permis). Il y reste néanmoins attentif à toute opportunité d’acquisition. En outre, le groupe cherche aussi à augmenter son revenu moyen par mètre carré (qui est déjà le plus élevé de Belgique et presque deux fois plus élevé que celui de Carrefour) et à accroître sensiblement le nombre de points d’enlèvement Collect&Go (jusqu’à 120 à 150 contre 80 actuellement). Pour l’exercice en cours, il n’a encore communiqué aucune prévision de bénéfices (il ne le fera que lors de son assemblée générale en septembre). Mais il dit déjà viser une hausse du chiffre d’affaires de maximum 7,75 % pour les magasins Colruyt, soit nettement mieux que la croissance de l’entièreté du marché. Nous avons déjà relevé nos prévisions de bénéfice par action. Pour l’exercice en cours, nous prévoyons une hausse de 10 %, à 9,67 EUR (contre 9,29 auparavant); pour le suivant, nous tablons sur 10,25 EUR (contre 9,85 auparavant).

…mais non sans faiblesses
Pour ces 5 prochaines années, nous pensons que le potentiel de croissance de Colruyt en Belgique est plus que suffisant. Mais à plus long terme, il lui faudra conquérir les marchés étrangers s’il souhaite maintenir le même rythme de croissance. Et c’est ici que le bât blesse. Les précédentes tentatives d’expansion à l’étranger n’ont pas été un très grand succès. Il a fallu presque 10 ans pour que les supermarchés acquis en France deviennent rentables. Il semble qu’il ne soit pas si facile de décliner à l’étranger la formule qui a fait ses preuves en Belgique. Quant aux Pays-Bas, la récente incursion y fut de bien courte durée et l’acquisition d’un certain nombre de magasins de l’empire Laurus lui est passée sous le nez (son offre n’était pas assez généreuse). De tels dossier d’expansion et d’acquisitions sont, il est vrai, très exigeants en termes de temps et de capacité de management. Colruyt est-il dès lors suffisamment équipé à ce niveau, compte tenu de son organisation très regardante sur les coûts et d’une direction très occupée par ses activités quotidiennes et son expansion au sein de nos frontières ? S’il veut faire une belle prise, il lui faudra peut-être délier davantage les cordons de sa bourse. Car de belles acquisitions (rentables) ne se trouvent pas toujours sous le sabot d’un cheval et certes pas à un prix intéressant ! Enfin, à terme, en Belgique, il subira de plus en plus la concurrence des casseurs de prix Aldi et Lidl (Lidl, qui est en plein développement en Belgique, vend en effet de plus en plus de marques et empiète ainsi de plus en plus sur les platebandes de Colruyt).

Conclusion
En tout point, Colruyt reste un acteur de qualité et tirera parti à l’avenir du sombre climat de la consommation (de plus en plus de consommateurs regardent à leurs sous). Dans l’actuel climat boursier, Colruyt est sans aucun doute une valeur sûre (risque : u), mais le prix à consentir pour se l’offrir est trop élevé. Selon nous, le cours actuel tient largement compte des belles perspectives d’avenir. L’action est donc (trop) chère.

Parts de marché

La notion de part de marché du secteur de la distribution (alimentaire) en Belgique peut différer, selon les sources consultées ou la définition utilisée. Quoi qu’il en soit, grosso modo, les trois plus grands groupes (Carrefour, Delhaize et Colruyt) se partagent le marché, avec chacun une part de 20 à 30 % (magasins franchisés inclus). Carrefour reste provisoirement leader mais est talonné par Delhaize et surtout par Colruyt, qui n’arrête pas de progresser (selon certaines sources, il occupe la 3e place, mais selon d’autres, il est déjà 2e). Aldi et Lidl occupent ensemble ±15 %. Ces dernières années, Carrefour perd pas mal de terrain (et Delhaize sensiblement moins), au profit de Colruyt, Aldi et Lidl. Une tendance qui va encore s’affirmer à l’avenir, selon nous.

 

Colruyt - Chiffres-clés (en EUR)

 

2006-07

2007-08

2008-09 (E)

2009-10 (E)

Valeur comptable (2007-08)

Gearing (2007-08)

Dividende net

2,43

2,76

3,06

3,36

26,44 EUR

-32,29 %

Bénéfice par action

7,94

8,87

9,67

10,25

Valeur comptable tangible (2007-08)

Return on Equity(2007-08)

Cash-flow courant

10,93

12,00

12,87

13,45

24,44 EUR

33,83 %

E = estimation 



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