|

De l'importance d'une croissance équilibrée (05 mai 2008 )
Un des éléments facilement accessibles pour l’investisseur désireux
d’analyser une société cotée en Bourse est l’évolution récente du chiffre
d’affaires. Mais attention aux anguilles insoupçonnées qui peuvent se cacher
sous la roche !
Limpide… Une entreprise qui est
parvenue récemment à enregistrer une forte hausse de son chiffre d’affaires
attirera inévitablement l’attention des investisseurs. C’est à première vue
logique puisqu’une forte hausse des chiffres de ventes est la preuve de
l’existence d’une stratégie payante qui continuera à créer de la valeur pour les
actionnaires.
…ou pas ? Mais tout n’est pas
forcément aussi simple. Car une société qui a enregistré une forte hausse du
chiffre d’affaires représente un danger pour deux raisons au moins. · Le premier a trait au risque que les
investisseurs considèrent qu’elle va automatiquement confirmer voire consolider
ses succès de vente. Ils seront alors prêts à payer un prix plus élevé pour en
acheter l’action, même si ce prix n’est pas justifié. Le moindre contre-temps
pourra alors conduire à de fortes baisses du cours. · Plus important encore est le fait qu’une
forte croissance se fait souvent aux dépens d’un certain nombre de
“fondamentaux”. Une société peut ainsi, pour financer son expansion, contracter
de trop nombreuses dettes, mettre fin à une politique de dividende raisonnable,
payer des acquisitions à un prix excessif ou privilégier une faible rentabilité
pour conquérir une part de marché aussi grande que possible.
Seuil de croissance tenable Les
dangers liés à des projets de croissance trop ambitieux sont donc relativement
nombreux. Voilà pourquoi certains experts soulignent qu’il existe, pour chaque
entreprise, un « seuil de croissance tenable », en d’autres termes un
seuil de croissance à ne pas dépasser. Bien sûr, cela ne signifie pas que le
fait de grandir ne soit pas sain : à travers des économies d’échelle ou de
gamme, cela permet en général d’améliorer la rentabilité, d’attirer des
collaborateurs talentueux et d’obtenir des financements à des conditions saines.
Une croissance trop limitée freinera aussi le développement à long terme d’une
entreprise.
Sain équilibre La meilleure option
pour une société consiste dès lors à viser une croissance équilibrée, entre une
croissance minimale qui lui permet de préserver sa position concurrentielle et
un seuil de croissance maximal au-dessus duquel elle risque de compromettre ses
fondamentaux. C’est ce qu’ont aussi déjà décrit les chercheurs suisses Sebastian
Reish et Georg von Krogh, notamment dans la “MIT Sloan Management Reviews, vol.
48 n°3” (printemps 2007). Une étude empirique menée entre 1995 et 2004 auprès
des 500 plus grandes sociétés au monde selon le classement du magazine
Fortune, a par ailleurs démontré qu’un quart seulement des sociétés
parvenaient à atteindre une croissance équilibrée. Ces entreprises ont valu un
rendement annuel moyen de 17,5 % à leurs actionnaires alors que les
sociétés ayant grandi trop vite ou, au contraire, trop lentement n’ont rapporté
en moyenne que 9,9 %.
Quelles leçons en tirer ? · Une croissance équilibrée n’est pas
forcément un gage de salut, mais le concept de seuil de croissance tenable
représente selon nous, à côté d’autres caractéristiques fondamentales comme la
valorisation justifiée ou non de l’action, un bon premier élément pour effectuer
une sélection d’actions de bon père de famille. Les entreprises qui affichent
une croissance équilibrée créent en effet régulièrement de la valeur pour les
actionnaires et leurs actions sont rarement chères. Un bon exemple dans ce cas
est celui du géant alimentaire suisse Nestlé. · Les spéculateurs qui aiment le risque se
tourneront eux vers les sociétés ayant connu une croissance trop rapide et dont
le cours a ensuite été sanctionné. Si une nouvelle direction a annoncé des
mesures correctrices, comme la vente de certaines activités, ils pourront alors
espérer une hausse du cours. Cela a par exemple été le cas de plusieurs sociétés
télécoms après l’éclatement de la bulle technologique en 2000. Les entreprises
dont la croissance est trop lente pourront aussi regagner la confiance des
actionnaires si elles parviennent à lancer un nombre plus important
d’innovations, revoient leur modèle d’activité ou se débarrassent d’une attitude
trop conservatrice. Coca-Cola est un bon exemple de société ayant réagi de cette
manière.

|
|